Étiquettes

Avant d’être nommée ministre des Solidarités et de la Santé, en mai 2017, Agnès Buzyn avait pendant deux ans présidé la Haute Autorité de santé, la HAS, qui a pour mission d’établir des « recommandations de bonnes pratiques ».

Succédant à Marisol Touraine, qui avait appliqué avec acharnement pendant tout le mandat de Hollande les mesures visant à transformer l’hôpital en une entreprise rentable et avait réussi à se mettre à dos l’ensemble du monde médical, le Dr Buzyn a fait naître l’espoir qu’un médecin ne continuerait pas avec la même énergie l’entreprise de destruction.

Grosse déception : elle a encore plus librement assumé la « transformation » de l’hôpital public (entendre : achever sa décomposition pour mieux le vendre au privé), reprenant avec zèle l’élément de langage martelé par Emmanuel Macron lors de la présentation de « Ma santé 2022 ».

Agnès Buzyn a maintenu l’application drastique du plan Copermo (Comité interministériel de performance et de modernisation) mis en place par Marisol Touraine en 2012, plan qui organise la fermeture progressive des lits dans les hôpitaux (pour certains jusqu’à 20 % de diminution de leur capacité d’accueil) au nom de la « performance » et de la « modernisation ».

Avant d’être nommée à la HAS puis au ministère, Agnès Buzyn était professeure d’hématologie à l’hôpital Necker, spécialiste des leucémies aiguës et de la greffe de moelle osseuse, très pointue en immunologie des tumeurs. Des compétences qui l’avaient amenée à la tête de divers organismes de santé publique : Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, Institut national du cancer.

Elle s’est également très vite distinguée dans le mélange des genres : dans le même temps qu’elle dirigeait ces organismes publics, elle participait au conseil consultatif de plusieurs laboratoires pharmaceutiques, entre autres Bristol-Myers. Quand ce léger conflit d’intérêts avait été pointé, sa défense très décomplexée avait consisté à valoriser les « liens d’intérêt » entre l’industrie pharmaceutique et la santé publique, avec l’argument fallacieux que cela permettrait de produire de meilleurs experts…

Quand la courbe des suicides de soignants a grimpé en flèche en 2018, le silence de la ministre a été douloureusement ressenti sur le terrain. Elle n’a pas une seconde remis en question le management brutal découlant du plan « performance et modernisation ». Et lorsque la grève des urgences, commencée en juin 2019, s’est révélée inédite par son ampleur (les urgentistes demandant simplement des moyens pour continuer à recevoir dignement les patients), elle n’a pas voulu recevoir le Collectif inter-urgences. Elle a même ironisé sur les nombreux arrêts maladie des soignants, estimant qu’ils étaient de complaisance, qu’ils étaient « politiques ».

Et pour ce qui est de la psychiatrie publique, sinistrée bien avant l’hôpital général, Agnès Buzyn a fait des promesses d’ouverture de postes quand des soignants ont commencé des grèves de la faim (promesses qui n’ont pas été tenues).

En revanche, elle a bel et bien nommé au poste de délégué interministériel à la psychiatrie le Dr Frank Bellivier, qui roule pour la Fondation FondaMental, laquelle allie des fonds publics et des fonds privés : Pinault, Bettencourt, Dassault et Bouygues y investissent des millions dans une visée de gestion de ressources humaines (les suicides, les décompensations et les hospitalisations de leurs employés leur coûtent un pognon fou, il faut fissa maîtriser tout ça).

Bref, Agnès Buzyn s’est montrée très consciencieuse et très efficace dans l’application d’une conception néolibérale de la santé.

Son dernier acte comme ministre de la Santé aura été de déclarer publiquement que le risque de passage du coronavirus en France était « proche de zéro ».

Et puis soudain, il y a eu plus important que tout cela, plus important encore qu’un début d’épidémie : il y a eu la Mairie de Paris.


Yann Diener. Charlie hebdo. 13/05 2020