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  • Moindre prise en charge par l’État du chômage partiel à compter du 1er juin.
  • Projets de licenciements en cascade.
  • Recours facilité aux CDD.
  • Recours facilité à l’intérim.
  • Pas d’augmentation de pouvoir d’achat
  • Augmentation des taxes diverses « dites annexes ».
  • Difficulté a régler les loyers, charges et impôts divers.

[…]… laissent craindre un choc historique pour le monde du travail, et notamment les plus précaires. Le monde du travail le sait depuis toujours : il faut toujours écouter le camp d’en face, car il arrive que certains de ses porte-voix parlent sans détour.

C’est très précisément le mérite de Raymond Soubie, ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy et président du groupe en stratégie sociale Alixio.

Si ses sorties peuvent agacer, tant elles apparaissent réactionnaires, elles n’en revêtent pas moins un grand intérêt, car l’éminence grise du monde des affaires dit tout haut ce que le patronat dit de manière emberlificotée. Le constat qu’il dresse dans Les Échos est de cet acabit : le conseiller résume, sans langue de bois, l’état d’esprit de nombreux grands patrons, mais qui est aussi visiblement celui du gouvernement.

En clair, du fait de la procédure sur le chômage partiel, au terme de laquelle l’État prend provisoirement à sa charge une bonne partie des salaires du privé, des millions de salariés « se vivent toujours comme « appartenant à leur entreprise ». [Une formule chargée de mépris à l’égard d’un monde salarial incapable de comprendre la réalité de la situation !].

Sous-entendu : ils vont bientôt découvrir, en réalité, qu’ils ne sont plus salariés de leur entreprise, qu’ils en ont même été… licenciés !

[La base de la réflexion de Raymond Soubie est :]  « Les entreprises vont devoir prendre des décisions pour assurer leur survie à court et moyen terme. Il est clair qu’un nombre élevé d’entre elles ne pourra pas conserver tous les chômeurs partiels. La crise de l’emploi va être très forte et le climat social va être très dégradé. »

 […] … à la sortie d’une crise, la politique économique et sociale peut avoir pour effet d’en répartir le choc, de sorte que chacun – État, entreprises et ménages, avec au sein des ménages un poids qui peut varier selon les niveaux de revenus – prenne sa part.

Mais, visiblement, tout laisse à penser dans l’immédiat que le gouvernement entend faire peser le poids de la crise d’abord sur les salariés, et notamment sur les salariés les plus modestes. […]

Selon une idée chère à mon confrère Romaric Godin, c’est donc une nouvelle guerre sociale qui se prépare. Et le gouvernement, tout comme le patronat, se met en ordre de marche pour la gagner, même s’il a de bonnes raisons de craindre que plus la crise sanitaire s’éloignera, plus la conjoncture sociale risque de devenir explosive. […]

[…]

Selon les dernières statistiques disponibles, publiées le 12 mai par le service des études du ministère du travail, 12,4 millions de salariés étaient concernés par le chômage partiel (soit 300 000 en plus au cours de la dernière semaine), […]

Autrement dit, l’État a provisoirement accepté de payer de sa poche une somme considérable, proche de 26 milliards d’euros pour les deux premiers mois du chômage partiel, […] Mais, le gouvernement n’entend plus financer de la sorte le dispositif. C’est ce que Muriel Pénicaud a annoncé sur LCI le jour du déconfinement : […] Mais « aujourd’hui, les conditions de la reprise sont là. Donc il n’y a pas tellement de raison que ce soit l’État qui continue à payer l’intégralité des salaires de 12 millions de salariés en France », a-t-elle poursuivi. « C’est pour cela qu’on va définir, je pense dans la semaine, quelle est la part de salaire que paiera l’entreprise », a-t-elle précisé, en indiquant que ce montant n’était « pas encore décidé ». « Ce sera modeste dans un premier temps mais progressif », a-t-elle néanmoins promis.

À compter du 1er juin, les entreprises vont donc devoir progressivement payer à nouveau les salaires de leurs salariés ; et l’État, lui, va tout aussi progressivement diminuer sa quote-part, le chômage partiel restant pris en charge à taux plein pour quelques secteurs limités, comme l’hôtellerie ou la restauration, qui ne sont pas autorisés à reprendre leur activité.

[…]

Beaucoup d’entreprises risquent, […] de considérer que les conditions de la reprise ne sont pas du tout réunies et pourraient préférer licencier en masse, plutôt que de préserver l’emploi, et de payer les salaires afférents.

[…] … le nombre des demandeurs d’emploi se rapproche de nouveau de la barre terrible des 6 millions de personnes.

Dans une étude récente sur « Le recours au chômage partiel dans la crise », l’Observatoire des conjonctures économiques (OFCE) […]  estime en effet que « les destructions d’emplois […] pourraient approcher 460 000 au premier mois du confinement ». Et il rappelle « pour mémoire » qu’au « plus fort de la crise financière, 430 000 emplois avaient été détruits du troisième trimestre 2008 au deuxième trimestre 2009 inclus, pour une baisse du PIB de 3,1 % entre le deuxième trimestre 2008 et le deuxième trimestre 2009 ».

[…]

Si le chômage a déjà grimpé de manière historique dès le mois de mars, alors que l’économie avait été placée sous respiration artificielle par l’État, qu’adviendra-t-il à partir du 1er juin, quand Bercy commencera à débrancher les tuyaux ?

La réponse coule de source : ce sont bel et bien des centaines de milliers d’emplois, sinon même des millions qui pourraient être menacés. Et dans tous les cas de figure, c’est un tsunami social qui se prépare.

Le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, en a alerté, lui-même, le gouvernement, à la faveur d’un entretien dans les colonnes du Monde : « Commencer à diminuer le niveau de prise en charge le 1er juin serait une erreur majeure parce que, dans une quinzaine de jours, les entreprises tourneront encore à un rythme faible. Il faut maintenir en l’état le dispositif de chômage partiel jusqu’à l’été. Puis, à la rentrée, imaginer des mécanismes pour servir de passerelle afin de garder les effectifs et les compétences. Car si on arrête le chômage partiel, le risque, c’est le chômage tout court. »

[…]

Le tsunami social fait, malheureusement, d’autant moins de doute que les annonces de plans sociaux commencent à se multiplier.

Menace d’un vaste plan social chez Derichebourg, sous-traitant d’Airbus ; accélération des licenciements chez General Electric à Belfort ; annonce d’une hémorragie sociale chez Air France-KLM : il ne se passe désormais plus un jour sans que la liste des coupes claires dans les effectifs des grandes entreprises ne s’allonge.

Mais en plus de ces annonces, dont on parle, il y a aussi toutes les réductions d’effectif qui passent inaperçues, car elles interviennent dans des entreprises moyennes ou petites. C’est dire si le pays doit se préparer à des jours difficiles sur le front du chômage.

Et si c’est le cas, c’est parce que le gouvernement s’apprête à faire de l’emploi la principale variable d’ajustement de la crise.

[…]

Une très grave régression pour les CDD et l’intérim

De toutes ces dérives l’État n’est donc pas la victime mais bien le complice : on peut logiquement en déduire que c’est un plan de sortie de crise sanitaire gravement déséquilibré que le gouvernement est en train de mettre au point.

Car dans la nouvelle guerre sociale qui se noue, il y a naturellement deux principaux protagonistes : d’un côté le capital, de l’autre le travail. Or, à l’évidence, le pouvoir fait tout pour choyer le premier et accabler le second.

[…]

Tous les indices vont  […]  dans le même sens : le capital est bel et bien hyper avantagé, tandis que le travail est piétiné. Dans son entretien aux Échos, Raymond Soubie suggère même au gouvernement d’aller encore plus loin, par exemple en repensant « d’urgence les règles des plans sociaux ».

[…]


Laurent Mauduit. Médiapart. Titre original : « Le tsunami social qui vient ». Source (Court extrait)