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Il n’aura fait que des effets de manche … une mauvaise comédie

D’abord il y a la mise en scène.

En bras de chemise, copain et inspiré, Emmanuel Macron les livra après une visioconférence sympa avec les ministres de la Culture, du Travail, de l’Économie et treize artistes bizarrement sélectionnés dans tous les secteurs: pas les plus jeunes ni les plus menacés.

Le président aurait-il pareille tenue (bras levés, yeux extatiques de mauvais acteur) face aux patrons du CAC 40 ? [Il aura probablement reçu des conseils auprès de certains saltimbanques certainement très cabotins …]

Peu d’égards également envers Franck Riester, qui prenait sagement des notes à ses côtés : ignorait-il les annonces du président? Qui n’a laissé ensuite son ministre de la Culture en divulguer les modalités que… sur Twitter !

Pourquoi si peu de respect?

Sans ministère fort et légitimé, pas de politique culturelle qui rayonne dans la durée. Que les intermittents aient obtenu cette année blanche qui leur permettra de toucher leur allocation chômage jusqu’en août 2021 est une excellente nouvelle, que le Centre national de la musique hérite de 50 millions aussi, comme ce fonds d’indemnisation pour soutenir les producteurs de cinéma.

Mais le plan de commandes publiques aux artistes de moins de 30 ans évoque étrangement les dérives du Conseil de la création artistique imaginé en 2009 par Nicolas Sarkozy et confié à Marin Karmitz…

  • Et l’argent ne fait pas tout.
  • Quelles vraies échéances?
  • Quelles perspectives?
  • Quel désir d’art et de culture, enfin?
  • Et quelle stratégie nationale pour le satisfaire ?

Après leur avoir proposé de s’investir dans l’Éducation nationale, le président a juste exhorté les artistes à « se réinventer ». Comme s’ils ne le faisaient pas depuis la nuit des temps.


Fabienne Pascaud. Télérama. 13/05/2020


Dessin de Kiro – Le Canard Enchainé – 13/05/2020

Tandis que « Le Canard Enchainé » sur le même sujet dégaine  …

La mise en scène a eu le don d’exaspérer le milieu de la culture.

« Hallucinant. De toute façon, il y a longtemps qu’on ne s’adresse plus à lui quand on a un problème à régler », lance un éditeur. « L’attitude de Riester, c’était juste le symbole cruel et très voyant de notre perte d’influence continue depuis vingt ans, et c’est ça, dans le fond, qu’on ne lui pardonne pas », lâche, lucide, un directeur de théâtre parisien.

Insensiblement, celui dont on louait le sérieux lors de sa nomination est devenu le maillon faible. Tout le monde l’assure d’un air entendu : au prochain remaniement, couic. On glousse, on se marre dans la presse, « on a retrouvé Franck Riester », et il n’est pas très causant, l’animal.

Depuis cinq mois, son parcours est chaotique : vœux annulés, déplacement à Nantes en janvier pour les Biennales internationales du spectacle sous les huées, arrivée à Angoulême pour le festival de la BD sous les sifflets, tribune de célébrités dans la presse fin avril se plaignant de son silence et de ses à-peu-près.

Riester s’y entend pour ouvrir non-stop le robinet d’eau tiède. « Macron, qui ne le connaissait pas (c’est Edouard Philippe qui l’a poussé), ne lui a pas laissé le choix. Le deal implicite, c’est à moi les annonces, les grands discours et les nominations, à toi le reste », raconte un député membre de la commission des Affaires culturelles.

Le reste ? Des tweets fadasses sur une nouvelle dotation pour le Centre national de la musique, un autre sur le Pass culture, ce grand chantier du quinquennat qui a le don de faire bâiller tout le monde.


Anne-Sophie Mercier, Le Canard enchainé, 13/05/2020