Étiquettes

D’ordinaire, lors des rentrées scolaires, nous avons forcément droit, dans les invariables reportages télé sur le sujet, à des images d’enfants de petites classes en train de pleurer ou de protester à l’idée de devoir laisser leurs parents.

Pour cette réouverture-rentrée confuse et particulière, après deux mois de confinement, ce qui se dessine est plutôt le contraire.Ce sont les parents qui ont peur, et les enseignants tout autant, et Macron fait son show dans une école pour essayer de les rassurer.

Les enfants, eux, sont contents. Ne serait-ce qu’à l’idée de retrouver leur camarade de classe, après avoir dû rester à la maison tout ce temps.

Mais, au-delà de leur insouciance, privilège de cet âge, ils n’en sont pas moins au coeur de toutes les préoccupations, en cette rentrée d’exception. Une rentrée qui, pour les familles comme pour ceux qui sont chargés de veiller à son bon déroulement, ne s’annonce pas comme une mince affaire.

De la réticence pas toujours dénuée d’arrière-pensées de plus d’un maire au scepticisme méfiant des enseignants en passant par l’angoisse des parents, auxquels l’État a donné le choix d’envoyer ou non leurs enfants à l’école alors que la pandémie est loin d’être terminée, cette rentrée hors normes avant l’été a quelques recevables raisons d’inquiéter.

La réouverture des écoles n’est pas seulement l’explication surjouée des gestes barrières par Macron masqué de noir (siglé du drapeau de la France) aux enfants d’une école de Poissy, ce sont aussi des questions pratiques et plus terre à terre pour tenter de faire respecter la distanciation dans des locaux plus assez grands. Ou, entre déficience de toilettes et manque de lavabos, d’appliquer le protocole sanitaire rigide et filandreux, voire absurde, rédigé à la hâte par des pédagogues de ministère.

Le casse-tête logistique de la mise en application rapide de ces nécessaires mesures sanitaires, comme la disparité selon les écoles, selon les familles et selon les régions, rendra cette rentrée du 12 mai [2020] forcément très parcellaire.

Macron a tenté de calmer les maires qui avaient averti que leurs écoles resteraient fermées ou ceux qui, en Île-de-France, comme la maire de Paris, réclament un report en répétant que les conditions sanitaires ne sont pas réunies.

Cette réouverture des écoles, fût-elle seulement dans un premier temps réduite à un entraînement pour les étapes suivantes d’une progressive mais encore hypothétique rentrée des plus grands, n’en aura pas moins lieu.

Pas seulement parce qu’elle est symbolique de la poursuite du service public scolaire, mais aussi et surtout pour que les parents puissent reprendre au plus vite le travail. Ceux qui en doutaient encore l’auront compris avec l’insistance de Macron jouant au maître d’école à l’ancienne avec le pays en direct d’une salle de classe de Poissy, la rentrée des enfants est la première étape de la remise au travail des parents.

Mais, là aussi, il risque d’y avoir des pleurs et des grincements de dents.


Erik Emptaz. Le Canard enchaîné. 06/05/2020