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Décidément aucune guérison possible pour un certains nombres de ces gens se croyant au-dessus de tout. MC

Alors que de nombreuses propositions sérieuses d’importateurs de masques ont été ignorées par le ministère de la santé, l’ancien collaborateur parlementaire d’Olivier Véran a tenté, mi-mars, de positionner une offre de masques FFP2 auprès du ministère, espérant toucher une commission d’apporteur d’affaires. La transaction n’a finalement pas eu lieu.

Questionné par Médiapart, l’assistant, devenu entre-temps le collaborateur d’une autre députée LR-EM, ne voyait pas le problème, ni le conflit d’intérêts. Il a finalement démissionné 24 heures plus tard.

Tout commence début mars. Alors que la pandémie de Covid-19 se répand en Europe, une société française d’import-export avec la Chine se tourne vers ses fournisseurs locaux et trouve un débouché : des masques FFP2. En grande quantité. « La société gérait l’envoi par cargo en moins de sept jours et assurait la conformité de la transaction », explique à Médiapart, Abou (prénom changé), un homme d’affaires mandaté par cette société.

Des négociations sont entamées avec plusieurs pays qui manifestent leur intérêt. Plusieurs sauf un, la France. La société a envoyé des courriels, rempli des formulaires. Pas de réponse.

Dépité, Abou laisse, mi-mars, des messages sous pseudo sur les réseaux sociaux, comme autant de bouteilles à la mer. « Je dispose de millions de masques FFP2 et de beaucoup de matériel médical (j’ai même du FFP1). Je rappelle que je suis disposé à livrer n’importe quel pays assez rapidement. Faites passer à vos dirigeants. » 

Le lundi 16 mars, il s’adresse au nouveau ministre de la santé, Olivier Véran, sur Twitter : « Je rappelle que je suis en possession de plusieurs millions de masques FFP2 (conforme pour l’Europe), je suis toujours disposé à en discuter avec vous ou l’un des membres de votre ministère. »

[…]

Une demi-heure plus tard, Samir, le follower, lui communique un numéro de portable : « Appelle ce numéro. C’est un collaborateur d’Olivier Véran. Je vous laisse voir ensemble. »

Abou cherche à savoir qui se cache derrière ce numéro. Le follower lui répond qu’il s’agit de son « cousin » Tewfik Derbal et joint une fiche LinkedIn précisant que ledit Derbal est « collaborateur auprès d’Olivier Véran »

Âgé de 42 ans, Tewfik Derbal a été pendant 11 ans conseiller en emploi et formation à la mission locale de Grenoble avant de devenir l’assistant parlementaire d’Olivier Véran en 2017, quand celui-ci a été élu député de l’Isère.

Abou, l’homme d’affaires, est aux anges : « Si Véran est rapide, je fais livrer en 5 jours avant que la crise s’accentue. » […]

À 16 heures, la société d’import-export envoie un courriel sur la messagerie personnelle de Tewfik Derbal : « Comme convenu, voici notre offre de masques FFP2 […]. »

Derbal accuse réception du message. « Je suis en lien avec la personne qui gère cette situation [la pandémie de Covid-19 – ndlr] au sein du ministère », précise-t-il. Mais s’il écrit ce courriel, c’est surtout parce qu’il a une question à poser : « Je voulais savoir comment vous procédez habituellement avec les apporteurs d’affaires. »

Tewfik Derbal veut sa commission. 

Dans la nuit du lundi 16 au mardi 17, il écrit de nouveau à la société : « Je vous confirme l’intérêt du produit proposé de la part des autorités », […] Mais, là encore, ce n’est pas l’objet principal de son courriel. « Je vous joint [sic] un contrat d’apporteur d’affaires accompagné d’un avenant afin de valider notre collaboration. Vous n’avez plus qu’à compléter la commission en pourcentage qui me revient et signer le contrat et l’avenant », insiste-t-il.

Il faut que celui qui était encore, un mois plus tôt, le collaborateur de l’ancien député Olivier Véran ait l’assurance de toucher une commission, avant que la commande de l’administration dirigée par le nouveau ministre Véran ne soit validée.

La société d’import-export n’est pas au bout de ses surprises. L’ex-collaborateur réclame une commission de 2 % […] La société lui explique que ce n’est pas l’usage en matière d’import-export, car cela « impliquerait une hausse de prix » du masque, le faisant passer de 2,60 euros pièce à 2,66 euros. Aussi lui propose-t-elle de le rémunérer 2 centimes d’euro par masque. Mais Derbal ne veut rien entendre : « C’est de cette façon que je fonctionne », persiste-t-il.

Le patron de la société tente de convaincre l’assistant qu’en cas de commande de l’État « de 10 millions de masques », le calcul qu’il lui propose lui rapporterait 200 000 euros, ce qui est déjà « très rentable pour tout le monde », alors que les « 2 % », insiste-t-il, « compliquent les tarifs et augmentent le prix final » pour l’acheteur, en l’espèce, l’État. 

Tewfik Derbal consent une légère baisse de ses tarifs mais n’en démord pas : sa commission se fera en pourcentage.

Sur le contrat de cinq pages, signé le 17 mars par la société d’import-export, et que Médiapart s’est procuré, on peut lire que « Monsieur Tewfik Derbal dispose […] des compétences et d’un réseau relationnel », et que c’est au titre de « présentation de clientèle » qu’il sera rémunéré par une commission « de 1,8 % HT sur le montant hors taxes des produits encaissés » par la société, le tout via sa structure d’auto-entrepreneur, TD Conseil.

Pour finir, la transaction n’aura jamais lieu. Une fois le contrat signé, Tewfik Derbal ne finalisera jamais la commande de l’État. « Nous n’avons eu que la parole de Derbal, nous n’avons jamais été en contact avec l’État », se désole Abou.

« À cette époque, la cellule masques du ministère était dépassée, ne gérait rien. On s’est mis à recevoir des offres de personnes bien intentionnées… qui nous disaient vouloir aider la France mais cherchaient surtout à gagner de l’argent », se remémore une source officiant alors au ministère de la santé.


Matthieu Suc et Marine Turchi. Titre original : « Masques : un ex collaborateur de Véran a cherché à toucher une commission ». Source (extrait)