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Depuis plusieurs mois en France comme dans le monde entier, sévissent des épidémies de désinformation et de théories complotistes. MC

Que ce soit à propos de l’origine du virus ou de remèdes miraculeux, de nouvelles « fausses vérités» apparaissent tous les jours. La situation est d’autant plus délicate que certains gouvernements tentent de tirer avantage de la prolifération des fausses informations liées au coronavirus pour attaquer la liberté de la presse.

Le terme « fake news », popularisé par Donald Trump pour discréditer les médias qui lui étaient défavorables lors de sa campagne présidentielle de 2016, devient aujourd’hui un outil de censure aux mains des populistes et des leaders autoritaires.

 Des lois «sur les fake news » ont été mises en oeuvre au Cambodge, aux Philippines, au Vietnam, mais aussi près de chez nous, en Europe.

Ainsi, quand Viktor Orbàn a présenté au Parlement hongrois une loi permettant d’instaurer l’état d’urgence pour lutter contre le coronavirus, son premier objectif était de garantir indéfiniment son maintien au pouvoir. Et le second, de limiter la liberté d’expression.

Cette nouvelle loi punit la publication d’informations fausses ou « altérées» qui iraient à l’encontre de la « protection efficace» du public d’une peine maximale de cinq ans d’emprisonnement.

S’inspirant de la Hongrie, la Bulgarie et la Roumanie lui ont emboîté le pas.

Le président roumain, Klaus Iohannis, a signé un décret permettant de fermer tout site Internet « participant à la désinformation » pendant la pandémie, sans possibilité de faire appel.

Le Mouvement national bulgare a quant à lui présenté au Parlement un projet de loi qui, s’il est voté, permettrait la fermeture de sites Internet partageant de la « désinformation », sans que cela soit limité à la crise sanitaire actuelle.

Au même moment, le gouvernement de la Serbie voisine a restreint l’accès des médias aux informations concernant le Covid-19, sauf autorisation officielle. Ce qui a déjà permis l’arrestation de la journaliste Ana Lalié, du site d’information Nova.rs, qui avait écrit sur les conditions de travail du personnel hospitalier luttant contre le coronavirus.

L’Institut international de la presse, qui s’intéresse à la liberté de la presse à travers le monde, signale déjà 127 violations des droits des journalistes liées au Covid-19 et aux lois sur les fake news, notamment des restrictions de l’accès aux informations, des poursuites judiciaires, des arrestations et des attaques physiques, contre des journalistes.

Comme quoi, beaucoup de leaders politiques à travers le monde sont bien décidés à ne pas passer à côté des belles opportunités qu’offre cette crise sanitaire en termes de censure et d’attaques contre la liberté d’expression.

Eux aussi, à leur façon, préparent le monde d’après.


Inna Shevchenko. Charlie hebdo. 29/04/2020