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Non ce n’est pas une chronique contre ceux qui refoulent du goulot… c’est Riss, qui se hérisse contre le fascisme et il a bien raison de nous alerter. MC

Masque et gel nous protégeront ils du fascisme!

Le désordre menace la France.

Certaines banlieues s’enflamment, chaque jour, davantage de passants ne respectent plus le confinement, les maires prennent des arrêtés à leur guise, et les Régions n’attendent plus rien de l’État.

Le Covid-19 désagrège les poumons, mais aussi les liens qui structurent une société. Il a introduit dans tous les recoins du pays la sensation désagréable de la confusion. L’État centralisateur a démontré ses limites, les départements et les municipalités espèrent sauver tout seuls leurs administrés du virus, et c’est l’édifice même de la démocratie qui est lentement remis en cause.

Car, virus ou pas, l’être humain a besoin d’ordre. L’ordre, c’est-à-dire un minimum de stabilité qui soulage l’esprit des angoisses d’une société qui fluctue sans arrêt, et n’offre rien de stable et de rassurant. Face aux coronavirus, les pays totalitaires se targuent d’être plus efficaces, comme le Vietnam, qui a imposé très tôt un confinement digne d’un camp de rééducation.

D’autres États, comme le Brésil de Bolsonaro, misent sur le chaos en refusant toute mesure de restriction de liberté. On pourrait donc croire ces régimes moins autoritaires que le Vietnam ou la Chine, alors qu’en réalité l’absence de contrainte n’est pas du tout synonyme de davantage de démocratie et de liberté.

Contrairement à une idée reçue, Hitler (encore lui) incitait ses subordonnés à se débrouiller pour appliquer ses directives. Il maintenait dans l’incertitude ses larbins, qui rivalisaient alors de zèle pour exécuter la politique qu’ils pensaient être celle désirée par leur maître. L’absence d’instruction explicite peut entraîner une surenchère autoritariste.

Le raisonnement du dictateur nazi était éminemment fasciste : laisser faire la nature, laisser les plus forts écraser les plus faibles, car seuls les premiers méritaient de vivre, y compris dans son administration, où les fonctionnaires les plus diligents élimineraient les plus timorés.

 Le chaos n’est pas une forme d’expression désordonnée de la liberté, mais une méthode fasciste pour imposer un ordre nouveau. Le chaos que Bolsonaro et Trump organisent dans leur pays en laissant le virus se développer résulte de la même logique totalitaire : les dominants sortiront vainqueurs de l’épidémie et les plus faibles en mourront.

Dans un tel contexte, le besoin d’ordre et de discipline est une nécessité, à condition qu’il bénéficie à tous, y compris aux plus fragiles. Il ne s’agit pas d’imposer un ordre à la Adolphe Thiers, au service de la classe sociale dominante qui use des moyens de coercition qu’elle contrôle, comme la police et l’armée, pour protéger son statut privilégié par la répression.

Un ordre bourgeois qu’une partie de la droite actuelle aimerait bien voir réapparaître, profitant des angoisses que cette crise a fait naître chez beaucoup de Français. Bien au contraire, l’ordre nécessaire à l’harmonie des relations sociales consiste à agir de la manière la plus homogène et la plus égalitaire possible, au profit de tous les citoyens pour tes aider à sortir vivants de cette tragédie.

Si à l’occasion d’une simple épidémie, on n’est pas capable d’accepter ces quelques contraintes, on ne le sera pas davantage demain pour lutter contre les conséquences dramatiques du réchauffement climatique. Car sans aucune coordination, sans aucun ordre de marche commun à tous, personne, individuellement, ne s’en sortira.

Les partisans du chaos et du désordre orchestré que sont Trump et Bolsonaro sont d’authentiques fascistes, ennemis d’une société humaine organisée pour que le plus grand nombre puisse vivre sans avoir besoin de piétiner les autres.


RISS. Charlie hebdo. 29/04/2020.