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Après un ersatz de vote par l’hémicycle confiné, après une trame « ébauche » visiblement constituer à la va-vite donnant des directives (mais bien peu de précisions) sur la sortie (théorique) du confinement le 11 mai 2020, les questions se multiplient … la presse s’en fait l’écho dans ses titres.

Tiraillé entre la crainte de voir l’économie sombrer et la peur d’une deuxième vague de l’épidémie, Edouard Philippe a présenté à des députés plus que divisés une stratégie nationale progressive à base de «en même temps», adoptée mardi soir à l’Assemblée.

En présentant mardi la « stratégie nationale de déconfinement », Edouard Philippe a fait basculer le pays dans une nouvelle étape de la lutte contre le coronavirus. A partir de jeudi [29/04/2020], le gouvernement présentera chaque soir une carte en rouge et vert, deux couleurs qui vont déterminer le rythme de retour à un semblant de normalité.

En fonction du nombre de contaminations, de l’occupation des lits en réanimation et du déploiement des tests virologiques, les départements obtiendront le droit de rouvrir écoles, collèges, lycées, jardins ou structures publiques.

L’enjeu ? Ne pas avoir à reconfiner après avoir déconfiné. D’où la prudence et la « progressivité » du plan soumis à l’Assemblée nationale et adopté mardi soir (par 368 voix contre 100).


« Personne, monsieur le premier ministre, ne doit être tenu de gagner les paris du président de la République. Le bon moment pour déconfiner, c’est le moment où l’on est prêt », a rappelé le premier secrétaire du Parti socialiste (PS) Olivier Faure à la tribune. Or, à l’évidence, les inconnues sont encore beaucoup trop nombreuses pour que l’État puisse s’engager sur quoi que ce soit de solide. D’où sa volonté manifeste de faire reposer les responsabilités sur le local et le « volontariat ». Le constat d’échec est flagrant, mais il n’est exprimé qu’entre les lignes.

Le discours d’Édouard Philippe se voulait tout de même circonstancié, sans fioriture ni grandiloquence, à l’opposé exact des allocutions présidentielles. Au cours des quinze derniers jours, les cabinets ministériels et les services de l’État ont planché sur un plan qu’Emmanuel Macron avait exigé le 13 avril, sans s’être assuré au préalable que la logistique suivrait. Quinze jours durant lesquels cette méthode très personnelle a entraîné des cafouillages à tous les étages. Et révélé en filigrane les errements du pouvoir.


Le chef du gouvernement, homme de tous les fardeaux, à commencer par celui d’une parole publique fragilisée par deux mois de gestion incertaine de crise, était confronté à trois enjeux principaux: la vérité, la précision, la simplicité. Sur ces trois critères, il a pratiqué la politique du « verre à moitié vide » ou « à moitié plein », gérant d’une entreprise en difficulté qui a pleinement conscience de jouer sa survie.

Avec sérieux, le chef du gouvernement s’est attelé à la tâche, voyageur de commerce, presque sans bagages de l’horizon du 11 Mai, né du verbe présidentiel.

Le plus dur reste à faire: que la réalité colle aux mots. La stratégie adoptée toute de précaution, d’appel à l’aide aussi de l’échelon local, de ravaudage au jour le jour, d’une «sortie light» et conditionnée est celle sans doute d’un pragmatisme qui parie sur le succès dont on créditerait l’exécutif en matière de déconfinement pour mieux faire oublier la longue errance d’une conduite incertaine des événements.


En tant de paix, il est rare qu’un responsable politique ait entre ses mains le pouvoir de prendre des décisions qui auront des conséquences sur la vie ou la mort de ses concitoyens. Cette phrase n’est pas grandiloquente et c’est cette responsabilité-là qui a donné la tonalité générale du discours d’Édouard Philippe ce mardi : relâcher la bride trop fort, c’est risquer beaucoup de victimes (car il y en aura de toutes façons) ; sous-estimer les dégâts sociétaux et économiques, c’est multiplier les victimes demain. 

La préoccupation sanitaire a donc dominé la feuille de route, et si les moyens du redémarrage économique sont là, la ligne politique est celle de la prudence : dire « comment notre vie va reprendre » mais surtout marteler que « nous allons vivre avec le virus ».


C’est un enseignement majeur du sondage exclusif YouGov que nous publions ce mercredi 29 avril. Réalisée ce lundi et mardi, soit quelques heures avant le discours historique d’Édouard Philippe à la tribune de l’Assemblée nationale pour donner les grands axes du déconfinement qui doit commencer le 11 mai, cette enquête pointe les doutes des Français sur un point crucial: la réouverture progressive des écoles. 

76% des personnes interrogées estiment que la reprise de l’école devrait se faire en septembre, comme le préconisait le conseil scientifique et comme cela se fera en Italie, et non à partir du 11 mai pour les écoles maternelles et élémentaires. Un chiffre écrasant qui met à mal la communication gouvernementale qui assure qu’un confinement trop long aurait des “conséquences gravissimes” pour le pays, comme l’a exposé le Premier ministre ce 28 avril.

Cette tendance est largement majoritaire, quelle que soit la sensibilité politique des personnes interrogées. Elle atteint même 53% chez les seuls sympathisants de La République En Marche. 

Ce chiffre monte à 79% chez les femmes interrogées et 79% pour la classe d’âge 18-35 ans. Plus étonnant, l’une des régions les moins touchées par le virus, le Nord-Ouest, affiche un taux de 80% à souhaiter cette reprise en septembre.

À propos de la date du 11 mai, qui ne sera confirmée que la semaine précédant cette date en fonction de l’état sanitaire des hôpitaux, les Français semblent partagés. 44% approuvent cette date pour entamer “un déconfinement progressif” quand 40% des sondés ne sont pas en accord avec cette décision.

Pire, 59% des personnes interrogées voient cette échéance du 11 mai avec “inquiétude” quand ils ne sont que 33% à l’envisager comme “ un soulagement ”. Un chiffre qui monte à 64% d’inquiétude pour les plus de 55 ans, sans surprise. Les Franciliens sont ceux qui attendent le déconfinement avec le plus d’impatience: ils sont 40% à voir le 11 mai comme “ un soulagement ”.


Avant même qu’Édouard Philippe ne se présente au Palais Bourbon ce mardi, un nouveau sondage confirmait que 62 % des personnes interrogées, selon Odoxa, ne font pas confiance au gouvernement pour réussir le déconfinement à partir du 11 mai.

Le gouvernement sera amené à se représenter devant l’Assemblée puisque certaines mesures (comme la limitation des déplacements entre départements hors confinement) doivent faire l’objet d’un projet de loi.

Présenté en Conseil des ministres dès ce samedi, celui-ci comprendra aussi la prorogation de l’état d’urgence sanitaire « peut-être » jusqu’au 23 juillet. Il sera examiné au Parlement dès la semaine prochaine.

Un nouveau rendez-vous est en outre fixé à la fin du mois de mai, pour évaluer la situation et prendre des décisions quant à une nouvelle phase éventuelle de déconfinement à partir du 2 juin.


Dans sa présentation du déconfinement, mardi 28 avril après-midi, le premier ministre Edouard Philippe a précisé que les rassemblements religieux ne seraient pas autorisés avant le 2 juin.

« Les lieux de culte pourront continuer à rester ouverts. Mais je crois qu’il est légitime de demander de ne pas organiser de cérémonies avant le 2 juin », a-t-il  indiqué.

Dans un communiqué, le Conseil permanent des évêques de France « prend acte » de la mesure, alors même que les catholiques s’impatientent.


Dessin de Félix – Charlie Hebdo 29/04/2020