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L’exécutif, qui depuis 2017 veut diminuer le nombre de députés, restreindre le droit d’amendement, limiter le temps de discussion, et imposer au maximum ses vues à la représentation nationale ne pouvait rêver mieux, sur le plan institutionnel que ce temps de confinement obligé dans les assemblées.

La situation sanitaire a amené les parlementaires à siéger de façon restreinte pour la toute première fois de leur histoire, à transférer leur rôle législatif par ordonnances, en plus de réduire la durée des débats et des séances de questions au gouvernement. Lequel est tout heureux de prendre les décisions en petit comité élyséen, et de transformer le Palais Bourbon en chambre d’enregistrement.

Les explications de Le Gendre

Il n’est pas le seul à laisser transpirer son idéal démocratique dans cette sombre période. Gilles Le Gendre, président du groupe LR-EM à l’Assemblée nationale, a ainsi déclaré qu’il ne souhaitait pas qu’un vote soit organisé au sujet des possibilités de traçage numérique de la population dans l’optique de lutter contre l’épidémie. « Je ne vois pas comment un vote apporterait quelque chose », a-t-il déclaré au sujet de cette question, en débat le 28 avril [2020], qui concerne pourtant nos libertés publiques et individuelles.

Même son de cloche au sujet des modalités permettant de mettre fin au confinement. « Je vois à titre personnel une très grande difficulté à organiser un vote sur un plan de déconfinement qui par définition comportera une multitude de dispositions, certaines pouvant provoquer une adhésion très forte, d’autres des réserves de la part de certains acteurs du Parlement », a-t-il défendu.

Une des conditions de la démocratie

Pour le chef de file de la majorité parlementaire, les députés seraient donc incapables de s’emparer de questions complexes, et encore moins de les trancher. Et ce n’est pas à eux que devrait en revenir la décision.

Gilles Le Gendre en oublie ici le rôle et la fonction même du Parlement et des parlementaires, à savoir représenter les citoyens et légiférer, même et sinon plus en temps de crise. Quand des mesures collectives doivent être acceptées par le plus grand nombre, face à une épidémie par exemple, mieux vaut largement associer pour convaincre…

Une réduction de la démocratie n’est d’ailleurs jamais une solution, même quand la défiance déjà installée vis-à-vis des gouvernants s’amplifie, car elle réduit la capacité d’intelligence d’un pays et menace l’équilibre des sociétés.

Le vote est enfin l’une des conditions de la démocratie. Il y en a beaucoup d’autres, et le vote seul ne suffit pas. Mais c’est l’une des quelques garanties qu’il reste, dans cette Ve République qui se focalise sur une unique séquence électorale tous les cinq ans, les citoyens étant priés de fermer leur clapet entre temps.