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Le président de la République a pris tout le monde de court …

… le 13 avril [2020], arrêtant seul, d’autorité, la date du 11 mai [2020] pour entamer le déconfinement tout en ne listant que des suggestions … laissant les « détails » (en réalité l’organisation, mais surtout délégant les responsabilités de la suite de la crise) à son Premier ministre et ses ministres (Santé, Éducation, Économie). Une manière comme une autre de se détacher des problèmes de la crise épidémique, de ses conséquences éventuelles, pour se hisser en postulant d’un second mandat présidentiel …]

Bien que ses disciples, Édouard Philippe et Olivier Véran ahanaient durant deux heures, dimanche 19 avril, ni l’un ni l’autre ne purent faire de révélations, se contentant de renvoyer une fois encore, « à » divulguer un plan  « d’ici 15 jours ».

Pendant ces deux heures ils ont plutôt pris le temps de détailler « ce que nous ne savons pas » :

  • l’absence de traitement ayant jusqu’ici montré une quelconque efficacité,
  • la perspective très lointaine et incertaine d’un vaccin,
  • la faible immunité de la population, qui est très loin d’être collectivement protégée contre le virus.
  • la livraison de masques par millions
  •  les 500.000 tests qui seront réalisés par semaine.

Une seule vérité était finalement bonne à dire : « Notre vie à partir du 11 mai ne sera pas exactement la vie d’avant le confinement, pas tout de suite, et probablement pas avant longtemps », a prévenu le premier ministre.

Difficile de reprocher au gouvernement son incertitude. En revanche, de sérieuses critiques commencent à poindre sur son isolement, au milieu de la plus grave crise sanitaire, économique et sociale depuis la Seconde Guerre mondiale.

Devant la mission d’information de l’Assemblée nationale sur le Covid-19, mercredi 15 avril, le président du conseil scientifique Jean-François Delfraissy a mis en garde le gouvernement contre une « décision très top down sur le déconfinement. Il faudrait une discussion citoyenne ».

De la démocratie sanitaire

Jean-François Delfraissy est même allé plus loin que cette simple mise en garde au détour d’une audition. « De plus en plus de voix s’élèvent pour critiquer la gestion de l’urgence sanitaire resserrée autour d’un conseil scientifique nommé par le gouvernement et mis en place de façon ad hoc. » 

Le 14 avril, il a adressé, « à titre personnel », une note que nous nous sommes procurée. Elle a été envoyée à l’Élysée, au premier ministre, au ministère de la santé, ainsi qu’à Jean Castex, le préfet chargé de coordonner le déconfinement.

Cette note est issue d’une réflexion qu’il explique avoir partagée avec « des représentants des patients », mais aussi les présidents du Conseil économique social et environnemental (CESE), de la Conférence nationale de santé (CNS), et de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH).

Il y propose la création d’un « comité de liaison avec la société ». Car « les organisations de la société civile et les ONG ont une expertise spécifique que n’a pas l’administration, souligne-t-il. Elles ont une excellente connaissance de la diversité des milieux sociaux et, notamment, des catégories de la population les plus vulnérables. Elles ont une capacité à comprendre, interpréter et faire remonter les opinions et les attentes venues des territoires ». Il affirme encore qu’« une grande partie des réponses apportées à la crise sont des réponses locales, qui s’appuient sur des élans de solidarité et l’inventivité des associations ».

Ce comité de liaison de liaison serait l’expression de la « démocratie sanitaire », où siégerait notamment France Assos santé, qui regroupe l’ensemble des associations de patients, mais aussi les acteurs de la solidarité et de la lutte contre l’exclusion, ceux impliqués dans de précédentes crises sanitaires, en particulier la lutte contre le Sida, ou encore la Société française de santé publique, qui regroupe tous les professionnels de santé spécialisés dans la prévention.

Jean-François Delfraissy se fait ainsi le porte-voix d’un ensemble d’acteurs de la santé jusqu’ici tenus à l’écart de la gestion de l’épidémie.

À ce jour, cette note n’a toujours pas reçu de réponse. Et l’avis du conseil scientifique sur le déconfinement, pourtant rendu au gouvernement, n’a pas non plus été rendu public.

Il y a pourtant urgence, à moins de trois semaines du début du déconfinement. « Cette pratique démocratique est la condition nécessaire pour prendre en compte les profondes inégalités sociales, d’âge, de sexe, d’état de santé ou de conditions de vie face à la maladie et à ses conséquences »,insiste également la Société française de santé publique, dans un communiqué le 17 avril. […]

 […]

Mais Antoine Flahault invite à s’interroger sur « L’objectif du confinement : vise-t-il à éradiquer l’épidémie ? » Il a été un temps poursuivi par la Chine, qui y était parvenue en 2004 avec l’épidémie de Sras, un autre coronavirus. […]

Jean-François Delfraissy a tenu des propos semblables : « On peut reste confinés pour éviter tout nouveau cas. Mais jusqu’à quand ? Si on se donne les moyens de nos ambitions, on peut adopter une stratégie claire. On va prendre quelques risques. On va probablement devoir desserrer, resserrer le confinement, jusqu’à trouver des médicaments, un vaccin, ou atteindre une immunité collective de la population. » Mais cette dernière perspective est très lointaine, 2022 selon des chercheurs de Harvard.

Le modèle de confinement strict adopté en catastrophe par la France, l’Espagne ou l’Italie n’est pas seul à avoir démontré son efficacité. « En Suisse et en Allemagne, la population est incitée à rester chez elle, les magasins non essentiels et les écoles sont fermés, mais la population est libre de se déplacer sans justificatif, raconte Antoine Flahault. En revanche, les effets sur la vie économique et sociale sont les mêmes. » 

À l’autre bout du spectre, il y a la Suède, qui n’a pas fermé ses magasins, ses bars et restaurants ou ses écoles, « mais qui a une culture de santé publique et de prévention très élevée. La distance sociale est spontanément respectée par la population », poursuit l’épidémiologiste. Le modèle suédois donne un peu d’espoir sur la possibilité de desserrer le confinement tout en maîtrisant l’épidémie. Avec 15 000 cas et 1 500 morts, la Suède observe le même plateau que la France.

[…]

Devant la mission d’enquête du Sénat, Jean-François Delfraissy a expliqué que la France devra mobiliser une brigade d’au moins 30 000 personnes pour repérer les « cas contacts » des personnes infectées par le Covid-19. En 2019, Santé publique France comptait 645 agents. Là encore, la mobilisation de l’ensemble de la société paraît urgente pour réussir le déconfinement.


Article composé d’après « Face à une épidémie sociale, un déconfinement décidé d’en haut » écrit par : Caroline Coq-Chodorge. Médiapart. Source (Extrait)