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« Notre système est bloqué par la sur-réglementation », a lancé Macron, énervé. « Il faut du pragmatisme », a-t-il ajouté, car « la société que je veux sera libérée à la fois des blocages et des carcans ».

 Il a doublement eu raison de parler au futur. D’abord parce que ce cri du coeur ne date ni d’hier ni d’avant-hier mais de 2017, quand il était en campagne pour devenir président. Ensuite parce que le problème n’est pas près d’être réglé. Les blocages et les carcans sont toujours là et, au coeur de cette pandémie ravageuse qui continue de frapper le pays, ils sont plus que jamais pesants.

Des lenteurs d’approvisionnement en masques et en tests aux multiples obstacles au « pragmatisme » que rencontrent chaque jour les acteurs de cette crise, les lourdeurs bureaucratiques n’ont pas fini d’obérer la réactivité que réclame pareille urgence.

Cette surabondance de textes et de normes administratives a déjà usé plus d’un de ses pourfendeurs. Au XVIe siècle, Montaigne déplorait qu’il y ait « autant de lois en France que dans le monde ». Il en reste apparemment toujours plus que chez nombre de nos voisins européens, notamment allemands. Plus de procédures et de règlements, accusés de freiner la réponse à cette crise du coronavirus.

On ne compte plus ceux qui, soignants, élus et autres volontaires, pestent contre le fameux et indigeste millefeuille administratif qui vient emplâtres la moindre de leurs actions.

Les uns dénoncent les lenteurs bureaucratiques de la Réserve sanitaire, qui, bien que censée répondre à l’urgence, décourage des centaines de soignants volontaires de prêter main-forte à leurs confrères.

D’autres déplorent les pesanteurs de certaines agences régionales de santé, qui ont retardé le rapprochement entre hôpitaux publics et privés dans la crise. D’autres, encore, s’indignent des obstacles administratifs qui ont tardé à permettre aux labos d’analyses privés de faire des tests, ou encore des difficultés rencontrées par les vétérinaires prêts à participer à l’ « effort de guerre »… Cela fait beaucoup de monde pour opposer le pragmatisme au carcan.

Au-delà des louables intentions, le pragmatisme en question ne laisse pas de côté les intérêts particuliers. Surtout parmi les élus. Dans le carnaval des masques et la haute lutte pour commander gel et tests, nombre de dirigeants s’activent, souvent avec de bons résultats. Mais, en pareil cas, ils ne manquent évidemment pas de poser à l’élu local qui supplée aux insuffisances de l’État.

Nous sommes à un an des élections régionales et départementales, et, virus ou non, un peu de com’ au passage ne nuit pas. L’opposition ne manque pas d’en rajouter sur la décentralisation, la réactivité des régions et leur capacité à décider « plus vite que l’État » dans l’urgence.

L’État, en tout cas, et Macron, son chef, en particulier, partagé entre les urgences et les priorités, n’en a pas moins, dans sa dernière intervention, ordonné à son administration de s’agiter plus que promptement, fût-ce hors des normes, pour pouvoir déconfiner à la date indiquée. En 2017, il parlait de « laisser respirer les gens ».

Le 11 mai 2020, ce serait bien si c’était avec des masques, arrivés dans les temps !


Éditorial d’Erik Emptaz. Le Canard enchaîné. 22/04/2020