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C’est lors des crises sanitaires d’ampleurs que se révèlent des initiatives de terrain, autrement performantes que les directives sanitaires « obligées » par des autocrates confinés, claquemurés, dans leur bureau.

Le Dr Frédérick Stambach généraliste à Ambazac, Haute-Vienne, n’en démord pas : « cette crise sanitaire a tristement révélé l’état dégradé de notre système de santé, écrasé par la bureaucratie. Cette lourde administration », dit-il, « distribue ordres et contre-ordres et paralyse les bonnes initiatives au lieu de les soutenir ». Alors ce simple généraliste ainsi que quelques confrères se sont affranchis des institutions et de leurs règles. Ils ont mis de côté les dix-sept pages de recommandations que leur a adressées un beau matin l’agence régionale de santé (ARS).

Les respecter aurait eu l’effet d’un couvercle mis sur leur centre, étouffant d’un coup ce souffle de bonnes volontés ayant permis son installation rapide. En deux jours, grâce à l’alliance entre les médecins et les élus locaux, tout a en effet été mis en place. La mairie a ainsi ouvert sa salle des fêtes, créé des boxes avec des panneaux de bois pour les consultations. Se chargeant d’une désinfection quotidienne, elle a aussi raflé charlottes, surblouses et gants dans ses cantines. Et tout a démarré sans tarder. Les patients suspectés d’être contaminés ont été reçus.

Ainsi, les urgences ont été délestées de ces dizaines de cas pris en charge, les distances sociales ont été mieux respectées que dans les habituelles petites salles d’attente et, pour casser les chaînes de contamination, les déplacements jusqu’à Limoges ont cessé. « Dans un objectif d’intérêt général, on a recréé de la solidarité », se réjouit le généraliste. « Si on avait suivi l’ARS, il aurait fallu prendre une secrétaire pour l’accueil, se procurer un défibrillateur et une bouteille d’oxygène qui, au passage, a été livrée par les pompiers », souligne Frédérick Stambach, qui refuse de signer un document sur l’honneur demandé par l’ARS.

 « On aurait plutôt préféré que celle-ci nous aide à nous équiper », ajoute le médecin qui insiste sur le rôle clé des élus locaux dans cette crise. « Or, au début de l’épidémie, les maires ont été évincés, totalement sous-informés. Ils sont pourtant essentiels pour faire passer les consignes auprès de la population », insiste-t-il en évoquant la colère des patients qui « se sont sentis délaissés ».

Une colère qui a été relayée sur les réseaux sociaux par les « gilets jaunes » qui, après le confinement, rêvent d’un redémarrage de leur mouvement aux côtés des blouses blanches. […]

Quant aux masques, il n’est pas certain que les malades puissent s’en procurer auprès d’une pharmacie. Un empilement de textes réglementaires a semé le doute dans la profession. « Ce n’est pas clair mais il semble que, depuis le 23 mars, nous avons le droit de vendre des masques chirurgicaux aux particuliers », avance Carine Wolf-Thal, la présidente du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens. Mais, prudente, elle demande de ne rien faire alors que des maires et des responsables de région qui ont commandé des stocks comptent au contraire sur ces officines pour la distribution.

Pour contenir les peurs de ces milliers de malades cloîtrés chez eux, des soignants à la retraite étaient prêts à reprendre du service. Mais ces bonnes volontés se sont heurtées à la réglementation. Candidatant auprès de la réserve sanitaire pour prêter main-forte, elles ont été recalées parce qu’elles avaient cessé leur activité depuis plus de cinq ans. « Pourquoi n’a-t-on pas changé les règles quand on a tant besoin de bras ? », s’interroge Jean-Jacques Turlot, médecin généraliste, qui a essuyé un refus.

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Angélique Négroni.Le Figaro. Titre original : « Incohérences et lourdeurs suscitent la colère des soignants et des patients ». Source (extrait)