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Une communication subtile.

Avec son nouveau grand projet, Sanofi se donnerait donc pour mission de combattre les ruptures de stocks de médicaments.

Le 26 février 2020, le géant pharmaceutique a annoncé la future création d’une entité propre, regroupant six de ses onze sites de production de principes actifs en Europe. Des usines qui appartiennent aujourd’hui totalement à Sanofi, l’une des rares Big Pharma (à ne pas avoir massivement externalisé la production de principes actifs.

« Dans un contexte de pénurie croissante de produits pharmaceutiques, la nouvelle entité contribuera à sécuriser la fabrication des principes actifs. »

L’objectif prétendu de la multinationale est d’augmenter cette production en Europe, alors que, désormais, 80 % de cette production mondiale se trouve en Asie, provoquant une dépendance sanitaire et d’importants risques de pénurie. […]

[Mais] à y regarder de plus près le projet de Sanofi aurait en réalité au moins autant de chances de faire baisser, à terme, la production de principes actifs en Europe que de l’augmenter.

L’idée du géant pharmaceutique est de sortir les six sites de production (deux sont situés en France, les autres au Royaume-Uni, en Allemagne, en Italie et en Hongrie) du groupe. Donc, d’externaliser.

Une nécessité, selon Philippe Luscan, directeur industriel du groupe : « Des laboratoires qui ont besoin de principes actifs ne font pas appel aux usines de Sanofi, car elles disent “vous êtes un concurrent, donc on ne va pas vous demander de fabriquer pour nous”. Avec une entité séparée, ce sera à nouveau possible. »

Les usines n’étant plus estampillées « Sanofi », celles-ci seraient donc plus attractives pour les laboratoires pharmaceutiques concurrents, qui ont l’habitude d’acheter en Asie les substances dont ils ont besoin pour fabriquer leurs médicaments.

Sanofi conserverait 30 % du capital

Cette nouvelle entreprise pourrait même devenir le numéro 2 mondial dans le domaine, derrière le Suisse Lonza, avec un objectif de chiffre d’affaires de 1 milliard d’euros en 2022, année de son introduction en Bourse. Sanofi conserverait, à ce terme, 30 % du capital et l’engagement de s’y approvisionner pendant cinq ans. « Mais, au-delà, il n’y a aucune garantie que Sanofi continue à acheter ses substances actives auprès de ces usines », nuance le syndicaliste Thierry Bodin.

[Et d’ajouter] « De plus, si Sanofi ne détient que 30 % des parts, alors une OPA sur cette nouvelle entreprise sera possible. Et rien ne dit qu’un éventuel repreneur ne voudra pas réaffecter ces sites et donc arrêter de produire des principes actifs. » Et par conséquent réduire un peu plus la maigre proportion de production européenne. Les quelques 200 principes actifs fabriqués par les six usines en question sortiraient donc du groupe Sanofi. Des molécules anciennes mais d’intérêt thérapeutique majeur, qui sont pour la plupart peu rentables.

« C’est un désengagement du groupe sur ces six sites, avec lesquels il ne réalisait plus de bénéfices importants », conclut le syndicaliste.

L’objectif réel de Sanofi à travers ce projet ne serait donc pas, comme prétendu, d’aider à garantir une indépendance sanitaire en Europe mais bien, sans surprise, de se débarrasser de ses productions peu rentables pour sous-traiter, et augmenter ses profits.


Florence Le Duc. L’humanité. Titre original : « le grand coup de bluff du groupe Sanofi ». Source