Épidémie et confinements sont passés par là, les rentrées fiscales sont absentes, les aides consenties obligent l’État à un endettement.

Que va-t-il se passer après la reprise effectifs de l’activité industrielle et commerciale. L’État aura-t-il révisé l’histoire économique de l’après-guerre 45 qui mena aux 30 glorieuses… grâce à la volonté du conseil national de la résistance (CNR), ces prises de décisions audacieuses notamment en matière de nationalisation, de socialisation… ne soyons pas devin, n’augurons ou présumons de rien, mais restons toutefois attentif. MC


L’aveu est signé Gérald Darmanin (« Le Journal du dimanche », 6/4) : « On est assez incapables de prévoir précisément la perte de recettes pour l’Etat. »

Un mois après le début du confinement, les experts de Bercy avouent être dans l’incapacité de calculer, même à 10 milliards près, combien le Trésor public pourra encaisser d’ici à la fin de 2020.

Car, comme le reconnaît l’un de ses hauts fonctionnaires, « on a pris comme référence, pour nos premières estimations, la crise financière de 2008. A l’époque, l’activité économique a certes brutalement ralenti, mais elle ne s’est pas arrêtée, comme aujourd’hui, pendant des semaines. La seule TVA représente 40 % des recettes fiscales de l’Etat. Pas une seule voiture n’a été vendue depuis des semaines. Quant à la fiscalité pétrolière, elle ne rapporte quasiment rien ».

Précision qui permet de mieux apprécier la panique qui règne à Bercy : la seule taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques devait rapporter, cette année, 15 milliards d’eu­ros. Soit la moitié de l’impôt sur les sociétés, dont le rendement s’annonce, lui aussi, catastrophique.

Question dépenses, le seul dossier du chômage partiel permet de mesurer à quel point elles explosent. Il y a trois semaines, lors du vote de la première loi de finances rectificative pour 2020, son coût était estimé à 8,5 milliards. Le 9 avril, la ministre du Travail avançait le chiffre de 20 milliards. Et, le 14 avril, le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, précisait que la facture du chômage partiel allait atteindre 24 milliards. Soit trois fois plus que le montant initialement prévu.

Et il en va de même pour tous les chiffres. Le déficit budgétaire, annoncé par Darmanin, est passé, toujours en trois semaines, de 6 % du PIB à 7,8 %, pour atteindre 9 % le 14 avril. Un déficit d’une ampleur inconnue en France depuis 1945. Le produit intérieur brut devrait, lui, reculer de 8 %, au lieu des 6 % prévus il y a encore une semaine.

Lors d’une intervention au micro de France Info (14/4), Gérald Darmanin a assuré que, pour répondre à cette flambée des déficits, « la solution ne [pouvait] pas être dans l’augmentation des impôts ».

Un engagement dont il faudra se souvenir au lendemain du 11 mai.

Et même bien au-delà…


Article non signé. Le Canard enchaîné. 15/04/2020