Étiquettes

Macron veillera à ce que « les assurances soient au rendez-vous », il l’a dit le 13 avril 2020.

Et pour cause : partout la grogne monte contre la profession ! Restaurateur à Paris, Stéphane Jégo a, par exemple, lancé une pétition en ligne (120.000 signatures) baptisée « Assurez ! Ou on va tous y rester. » « Serait-il juste, demande le chef, que les assurances soient seules à s’en sortir indemnes ? »

Confrontés au corona, les assureurs ont un gros coup de mou, ne remboursant aucune des pertes d’exploitation que cause le virus. En dépit de leur pleine forme financière et de leur chiffre d’affaires cumulé à plus de 200 milliards, ils se défaussent. Idem pour les gros de l’assurance-crédit (Coface, Atradius ou Euler Hermes) qui rechignent à garantir les transactions entre entreprises.

Tous ces géants, en revanche, se sont vaillamment engagés à abonder de… 200 millions d’€ le fonds de solidarité mis en place par Bercy pour les très petites entreprises.

Une aumône au regard de leurs profits en 2019 (7,9 milliards d’euros pour Allianz, 3,9 pour Axa, etc.), alors que, grâce au confinement, le montant des sinistres « classiques » a chuté.

Ainsi, la Maif va reverser à ses sociétaires l’économie attendue de la baisse des accidents auto, soit environ 100 millions d’€. « Cette mesure, en particulier, et la crise, en général, ne vont pas impacter significativement notre solvabilité », convient Pascal Demurger, le directeur général du mutualiste.

D’ailleurs, des dividendes vont être versés aux actionnaires, augmentés, même, dans le cas d’Axa.

Déprime de risques

« Les pertes d’exploitation liées aux pandémies ne sont assurées dans aucun pays au monde, car ce risque est inassurable », pleurniche la Fédération française de l’assurance (FFA).

Le PDG d’Axa, Thomas Buberl, se fend tout de même d’un beau geste : il promet qu’à la prochaine pandémie il remboursera… si, d’ici là, l’assuré a cotisé à un régime d’assurance ad hoc, inspiré de celui existant pour les catastrophes naturelles. Trop fort !

Au fait, une catastrophe sanitaire n’est-elle pas naturelle ?

C’est l’avis du député LRM Pierre Cabaré, auteur d’une pétition signée par une trentaine de parlementaires et réclamant que les assureurs grossissent de 15 milliards le fonds de solidarité. Sous pression, les adhérents de la FFA se disent prêts à lâcher… 1 milliard pour investir dans les entreprises de santé.

L’assurance que la pingrerie ne va pas ruiner leur image ?


J.-M. Th. – Le Canard enchaîné. 15/04/2020