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Ce qu’est le commun, ce que sont les communs, ce qui peut être mis en commun ?

Mystère et engueulades à tout-va.

C’est pourtant l’une des clés de l’avenir. Disons, au risque de se faire écharper, que les communs sont des ressources qu’une communauté gère collectivement et dont elle se montre capable de maintenir l’usage, pour elle et d’autres.

  • Parmi les communs les plus évidents, citons un bois, un bout de rivière, un jardin partagé, mais aussi bien une méthode d’apprentissage, un logiciel, des graines, un savoir-faire.
  • À opposer, par la force si nécessaire, à la propriété privée. L’accaparement des richesses et des pouvoirs est la clé fondamentale du désordre planétaire.
  • Mais à l’inverse, la propriété collective d’un bien est-elle la solution ?

En 1968, le biologiste américain Garrett Hardin publie dans Science un article qui assomme ceux qui le lisent. Dans « La Tragédie des biens communs », il raconte comment la propriété commune conduit un pâturage à sa ruine.

Or il existe des centaines de cas documentés qui démontrent le contraire, et le prix Nobel d’économie 2009 est attribué à Elinor Ostrom, qui décrit à quelles conditions de partage et de réciprocité on peut maintenir indéfiniment un bien commun. Un grand mouvement démarre alors, qui séduit de plus en plus, et d’un bout à l’autre de la terre, ceux qui ne se résignent pas à voir régner les Bill Gates, Jeff Bezos, Mark Zuckerberg ou ce pauvre Carlos Ghosn quand on ne l’avait pas encore gaulé à piquer dans la caisse.

Soyons cinglés, ce qui est la meilleure manière d’être raisonnables.

À partir de la fin du confinement, la France pour commencer, suivie par l’Europe, puis le monde, décide de sortir définitivement l’eau, la terre, l’air, les forêts, les océans, les animaux et les plantes des règles du marché mondial. Pourquoi? Mais parce qu’il s’agit de biens communs.

Vous vous souvenez du père Proudhon ?

Il avait plein de défauts qui le rendraient détestable aujourd’hui (ce crétin vomissait les femmes), mais il n’a pas écrit que des conneries.

Ouvrier, anarchiste quand le mot n’était pas encore repris par les petits marquis, il publie en 1840, à l’âge de 31 ans, « Qu’est-ce que la propriété? » On en a retenu la fameuse phrase : « La propriété, c’est le vol ! », cette lapalissade. Mais le texte contient nombre d’autres perles, dont celle-ci : « L’eau, l’air et la lumière sont choses communes, non parce que inépuisables, mais parce que indispensables(1) ». Salut, vieux dingo.

Sans oublier de donner des droits fermes aux animaux et aux végétaux. Sans oublier de transformer les eaux douces de la planète (fleuves, marais, lacs) en autant de personnalités juridiques, comme ce fleuve de la Nouvelle-Zélande le Whanganui. Sans oublier le démantèlement immédiat de toutes les transnationales, toutes propagatrices de corruption, de destruction, de guerre.


Fabrice Nicolino – Charlie hebdo. 15/04/2020


  1. cras31.info/IMG/pdf/proudhon_la_proprietef.pdf (page 63).