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A Amiens (Somme), l’hôpital doit reporter l’un de ses essais, faute de Remdesivir en quantité suffisante. A Saint-Louis, à Paris (Xe), les stocks de Claforan ont fondu « comme neige au soleil », dit un médecin. Ses confrères de la Pitié-Salpêtrière (XIIIe) ou de Bichat (XVIIIe) comptent pour leur part les ampoules d’Hypnovel.

Rarement (et même jamais) avant le séisme coronavirus, le grand public n’avait entendu le nom de ces médicaments, aujourd’hui massivement utilisés dans les services de réanimation pour lutter contre les conséquences de l’infection sur l’organisme. Mais voilà, des sédatifs, des curares (pour relâcher les muscles), des antidouleurs, des antibiotiques viennent à manquer, en ville comme à l’hôpital.

« Il n’y a pas de ruptures sèches mais des tensions extrêmement importantes sur des traitements essentiels pour les patients », relève Pauline Londeix, cofondatrice du jeune Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament

Sur le terrain, le professeur Rémi Salomon, haut responsable du navire des Hôpitaux de Paris et de ses 39 établissements, n’est pas en reste : « On navigue à vue! Parfois, nous sommes à moins d’un jour de stock, contre trois à quatre semaines d’habitude. On a reçu un peu de midazolam (pour plonger un malade dans le coma), mais combien de temps de répit avons-nous ? Aucune idée. Ce n’est pas normal de bosser avec cette trouille », s’emporte le président de la commission médicale.

Bien sûr, nul ne nie l’aspect « jamais-vu » de cette pandémie qui a fait flamber à travers le globe les demandes simultanées de molécules identiques, de fois vingt à fois mille, selon l’industrie pharmaceutique.

Les ruptures ne sont pas nouvelles

Mais l’inédit n’est pas seul en cause, et c’est bien ce qui énerve Pauline Londeix : « Cette crise du médicament était prévisible. Nous sommes totalement dépendants de la production à l’étranger. 60 à 80 % des matières premières y sont fabriquées, notamment en Chine et en Inde où les firmes ont largement délocalisé depuis les années 1990. Cela a eu du bon, par exemple pour fournir massivement à l’Afrique des antirétroviraux contre le VIH. Mais la situation échappe à la France et à l’Europe qui n’ont pas d’autres choix que de prendre ce que d’autres veulent bien leur donner. Sans compter que, contrairement aux Etats-Unis, nous ne possédons pas de stocks sanitaires », assène-t-elle, rappelant que les pénuries ne datent pas d’aujourd’hui.

En 2018, ce sont ainsi plus de 800 produits majeurs qui ont été en tension ou en rupture d’approvisionnement sur notre sol : des corticoïdes, des remèdes pour les malades de Parkinson, des anticancéreux, des vaccins… […]

« L’enjeu? Créer plus d’usines et plus de lignes de production, […]. Il ne faut plus perdre de temps », expose le professeur Rémi Salomon, alors que le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a indiqué pencher pour un rapatriement des activités stratégiques comme le médicament.

Des répercussions [se font en cascade] dans tous les services. Nous sommes dans une stratégie d’épargne, explique Alexandre Demoule, chef du service de médecine intensive et réanimation à la Pitié-Salpêtrière. […] « Des sédatifs, tel le midazolam sont, de fait, réservés à la réanimation et manquent dans les autres services hospitaliers, notamment pour les patients atteints d’un cancer en phase terminale », regrette l’hépatologue Anne Gervais. Même inquiétude dans les structures pour personnes âgées dépendantes. […]

 Florence Méréo. Le Parisien. Titre original : « Les soignants alertent sur un risque de pénurie de médicaments ». Source (extrait) http://www.leparisien.fr/societe/sante/coronavirus-les-soignants-alertent-sur-un-risque-de-penurie-de-medicaments-16-04-2020-8300427.php