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Si rien ne change dans la solution actuelle du confinement gouvernemental, dans l’approche sanitaire de l’épidémie, 25 % de la population française va être mise hors de circuit. Encore heureux que les instances considérant cette tranche d’âge comme inutile au redémarrage économique et à la prospérité de la France n’est pas l’envie d’exhumé un arrêté obligeant les seniors à sortir avec une crécelle comme au Moyen Âge en plus d’un vestimentaire distinctif obligatoire. MC


Alignons-nous sur les propos de Marie de Hennezel : « La réclusion de tous les seniors jusqu’à une date lointaine ? Ce serait inadmissible ! » Paru dans Le Figaro. Source (extrait)

Une colère sourde est en train de monter dans les rangs des seniors à qui on laisse entrevoir un confinement sans fin, sous le prétexte de l’âge.

[…] Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique, avançait le mercredi 15 avril, la liste de ceux dont le confinement serait prolongé : les personnes « d’un certain âge, dont je suis, au-dessus de 65 ou de 70 ans », celles ayant des affections de longue durée, ainsi que « des sujets jeunes ayant une pathologie, mais aussi obèses ».

  • Confinés jusqu’à quand ?
  • Peut-être jusqu’à ce que l’on trouve un traitement, rajoute-t-il.
  • Autant dire que cela peut durer plusieurs mois.

Plusieurs personnes, dont je suis, se sont élevées vigoureusement contre cette barrière de l’âge, aussi arbitraire qu’injuste, discriminante et anticonstitutionnelle. On nous objecte que 90 % des morts du Covid-19 concernent les plus de 70 ans.

Mais ce chiffre est biaisé, car un tiers de ces morts sont des personnes des Ehpad, âgées de plus de 85 ans. C’est pourtant à partir de ce chiffre biaisé que le Conseil scientifique décrète qu’une personne de plus de 70 ans est plus fragile qu’une personne de 60 ans !

On aimerait conseiller à ce Conseil la lecture de l’étude du Pr Claude Jeandel, du CHU de Montpellier, qui montre que l’on ne peut pas lier systématiquement la fragilité à l’âge. Beaucoup de seniors âgés ont un vieillissement robuste, avec des réserves fonctionnelles, une résilience et des capacités à faire face intactes.

En revanche des personnes de 50 ou 60 ans peuvent être fragiles, avoir des poumons abîmés par le tabac, de l’hypertension, du diabète et être obèses. Il faut privilégier, argumente le Pr Claude Jeandel, les trajectoires individuelles plutôt qu’une catégorisation par tranche d’âge. Je reçois donc depuis deux jours des messages de colère et d’angoisse, de la part de seniors qui appréhendent cette prolongation de leur confinement. Il y a ceux qui depuis des années veillent à vieillir le mieux possible pour préserver un certain équilibre, rester autonomes et ne pas « alourdir le poids » d’une société vieillissante.

Ils ont adhéré aux messages de prévention que notre ministère de la Santé n’a cessé de diffuser ces dernières années. Ils ont le sentiment qu’un confinement long entraînera la perte de tous leurs acquis et les fragilisera pour longtemps. Il y a ceux qui souffrent de solitude, et de tristesse. Actifs auprès de leurs enfants et petits-enfants, auprès d’associations qu’ils font vivre, ils se sentent désormais inutiles. Ils craignent, si le confinement se prolonge, de sombrer dans la dépression, de perdre le goût de vivre. Et certains même me confient qu’ils préféreraient mourir que d’être « condamnés à la réclusion perpétuelle ».

Alors que je lui demandais ce qu’il pensait de cette barrière de l’âge, le psychiatre Philippe Gutton, président de l’association Old Up – Plus si jeunes, mais pas si vieux, qui rassemble des plus de 75 ans, actifs et désireux de contribuer à la société, me confiait que pour Claude Lévi-Strauss, « l’âge est le concept le plus pervers qui soit ».

Pervers, parce qu’il ne tient pas compte de la réalité.

En effet, le handicap n’est pas lié à l’âge. Il y a donc dans cette décision de confiner sans limite de temps les plus de 65 -70 ans quelque chose d’éminemment pervers, d’inique, de non éthique.

Les seniors exigeront sans nul doute qu’un débat éthique ait lieu. Que l’on conseille aux personnes âgées fragiles de continuer à se protéger, personne ne le conteste. Elles sont d’ailleurs les premières à le souhaiter, à condition que leur confinement soit humain. Qu’il laisse un espace pour les rencontres et ne les livre pas à une douloureuse solitude. Mais cela ne peut être que sur la base de l’adhésion et de la responsabilité personnelle.

Que l’on oblige des seniors actifs, dont beaucoup travaillent encore, à rester confinés, lorsque leur santé est bonne, qu’ils ne présentent aucune comorbidité, c’est une autre histoire et cela ne sera pas accepté.

D’ailleurs demandera-t-on au Pr Jean François Delfraissy, au ministre Jean-Yves Le Drian, aux députés, aux sénateurs, au journaliste Alain Duhamel, Jean François Khan, aux anciennes ministres Roselyne Bachelot et Michèle Delaunay, aux présentateurs-animateurs de télé ou radio : Jean-Michel Apathie, Yves Calvi, Michel Drucker ; Jean-Pierre Pernaut Thierry Ardisson, les comédiens : Victoria Abril, Zabou Breitman, Patrick Bruel, Vincent Lindon, Patrick Timsit, Gérard Lanvin, Pierre Arditi, les chanteurs : Véronique Sanson, Pierre Perret, Julien Clerc, Michel Sardou, Serge lama, Jacques Dutronc, Françoise Hardy,… etc. de rester confinés et de cesser leur activité ?

Les autoriser à continuer à se déplacer, à travailler, alors que ce serait interdit à d’autres, n’est tout simplement pas pensable.

Une des pistes possibles pour concilier nécessaire protection des plus fragiles, et liberté de se déconfiner pour les plus robustes afin de continuer à travailler serait, plutôt que d’ériger une barrière de l’âge, qui ne veut rien dire, de demander aux seniors actifs de se procurer auprès de leur médecin traitant une attestation de leurs capacités à continuer leur activité, et de faire confiance à leur responsabilité.