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Extraits de presse

Espérance. Laurent Joffrin. Libération. https://www.liberation.fr/france/2020/04/13/esperance_1785109

On le devine : ce mois supplémentaire de confinement rendra aussi plus difficile l’après-coronavirus. Le gouvernement ne mégote pas sur les crédits pour empêcher la multiplication des faillites et compenser (partiellement) les pertes de revenu. Mais il provoquera du même coup une hausse spectaculaire de l’endettement public. Déjà certaines excellences de la majorité ou du Medef parlent des sacrifices qui seront nécessaires une fois la pandémie surmontée. Erreur à tout le moins : c’est en raison de l’austérité imposée par l’orthodoxie financière, que la crise de 2007 s’était indûment prolongée. Il faudra cette fois faire preuve d’imagination, en relançant l’économie et en tenant compte de l’impératif écologique et de la nécessaire lutte contre les inégalités mises en exergue par la crise. Monétisation de la dette ? Etalement sur plusieurs décennies, comme on l’avait fait au lendemain des guerres ? Une chose est sûre : ce n’est pas dans les vieilles casseroles qu’on confectionnera une potion acceptable pour les Français.

Pour le Président, des avis à tout-va puis des décisions en solo. Eric Favereau. Libération. https://www.liberation.fr/france/2020/04/13/pour-le-president-des-avis-a-tout-va-puis-des-decisions-en-solo_1785095

Qui décide dans cette crise sanitaire inédite ? Emmanuel Macron, nul n’en doute. Mais comment ? Par quel processus ? Sur quelles structures ou sur quelles personnalités s’appuie-t-il pour trancher ? Y a-t-il des conseillers de l’ombre en matière de santé publique ? «C’est un vrai mystère, on a du mal à comprendre les circuits», lâche un haut fonctionnaire qui ajoute, pointant l’apparition de nouveaux conseils : «Les institutions [notamment les administrations en charge de ce secteur clé, ndlr] sont au départ sollicitées, mais elles sont laissées ensuite de côté.» Un ancien directeur de cabinet ministériel poursuit : «Aujourd’hui, la situation est confuse. Alors que nous sommes en plein dans la crise, la politique de santé publique part dans tous les sens. D’anciens directeurs généraux de la santé mettent en cause brutalement la politique suivie.

Le bout de la nuit ? VincentTremolet de Villiers. Le Figaro. https://www.lefigaro.fr/vox/politique/confinement-le-bout-de-la-nuit-20200413

Reste qu’après un mois d’efforts les Français étaient en droit d’attendre une description claire et franche de ce que seront les mois à venir. Disons-le : ils plaçaient leur espérance dans la trinité salutaire, tests, masques, traitements. Emmanuel Macron leur a répondu partiellement. Bien des questions demeurent mais par moments, la parole politique semblait se décider à surplomber celle des savants, des technos, des sachants. Une autre lueur dans la nuit…

Coronavirus : Macron promet un déconfinement progressif à partir du 11 mai. Isabelle Ficek. Les Echos. https://www.lesechos.fr/politique-societe/emmanuel-macron-president/coronavirus-macron-promet-un-deconfinement-progressif-a-partir-du-11-mai-1194498

« Loin de l’immunité collective »

Quant à la fin définitive de cette « épreuve » s’est-il interrogé ? Emmanuel Macron a reconnu que nous étions « loin de l’immunité collective ». « La première voie pour sortir de la crise est le vaccin », a-t-il redit, plaçant ses espoirs dans la recherche mondiale mais aussi, s’agissant des traitements, dans tous les essais cliniques en cours. « Je vous ai dit ce soir ce que nous savons et ce que nous ne savons pas », a-t-il souligné, quand jusque-là, sa parole a rencontré beaucoup de défiance. Mais il a aussi prévenu que « si nous finirons par l’emporter, nous allons devoir vivre plusieurs mois avec le virus », redoutant une deuxième vague.

Le chef de l’Etat a voulu saluer « la solidarité » des Français. Et au niveau européen, il a promis une « initiative » dans ce « moment de refondation » afin d’avoir « plus d’unité, plus de solidarité », posant au passage la question des dettes et assurant que « nous ne gagnerons jamais seuls ».

Un « plan massif » pour la santé

Quant à la France, pour l’après, « il va nous falloir rebâtir une indépendance agricole, industrielle et technologique française », avec un « plan massif » pour la santé, une stratégie bas carbone. Pour l’après, il a promis de s’exprimer à nouveau. « Sachons nous réinventer, moi le premier, bâtir un projet français. Prenons soin les uns des autres. Nous tiendrons », a-t-il conclu pour tenter d’offrir un horizon.

Le déconfinement politique d’Emmanuel Macron. Nicolas Beytout. L’Opinion. https://www.lopinion.fr/edition/politique/deconfinement-politique-d-emmanuel-macron-215971

Un moment très différent de ses précédentes adresses à la nation, depuis le déferlement de l’épidémie de coronavirus.

Car cette fois, plus question de jouer les Churchill du XXIe siècle, plus de guerre, de grandiloquence, sauf lorsqu’il s’est agi de rendre hommage au courage de tous ceux qui, à leur place, tiennent le choc. Pour la première fois, le chef de l’Etat a reconnu un manque de préparation, des ratés et avoué manquer de réponses sur certains sujets, avoir des doutes. Un personnage très différent de celui qu’il avait habité pendant ses premières années de mandat. Un chef qui a admis devoir se réinventer, lui le premier, comme s’il s’était trouvé déconfiné de ses certitudes.

En ce sens, ce discours est un tournant. Il ne s’agit pas tant d’une réorientation politique, ou d’un virage sur le thème du « plus jamais comme avant », mais d’une forme de compréhension qu’au sortir de cet emprisonnement volontaire, cet « ébranlement » de tout une nation exigera du chef de l’Etat qu’il dirige le pays autrement.

La période du déconfinement sera d’une extrême complexité à organiser, le besoin d’un retour à la liberté absolue sera puissant. Jusque-là, l’unité du pays a tenu. C’est précisément sur ce capital qu’Emmanuel Macron tentera de relancer une nouvelle étape de son quinquennat, la dernière, pour tenter de conserver ce qui s’est soudé dans la résistance à l’épidémie. Tout semble ouvert, le chantier est là. Et personne n’a plus que lui les réponses. C’est sa chance.

Coronavirus : «Macron a prononcé l’oraison funèbre du macronisme», estime Retailleau. Le Parisien http://www.leparisien.fr/politique/coronavirus-macron-a-prononce-l-oraison-funebre-du-macronisme-estime-retailleau-14-04-2020-8299101.php

  • Vous attendiez du Président qu’il fixe un cap, donne des perspectives. L’a-t-il assez fait ?

Bruno Retailleau. Il faut reconnaître qu’Emmanuel Macron a été plus concret que d’habitude. Il a tracé une perspective en donnant une date précise (au risque de s’y enfermer d’ailleurs). Mais les Français avaient besoin d’un horizon, de voir une petite lumière au bout du confinement. Il a aussi esquissé un mea culpa sur la relative impréparation du pays.

  • C’était bienvenu ?

Oui, et c’est assez rare de sa part pour être souligné. Mais il y a aussi eu des contre-vérités.

  1. Non la pénurie de masques n’était pas mondiale,
  2. non les hôpitaux n’ont pas pu soigner tout le monde, puisque nos aînés sont restés dans les Ehpad.
  3. La stratégie de confinement est parvenue à atteindre l’objectif de désengorger les services de réanimation, mais elle n’a pas cassé l’épidémie.
  4. Il a aussi reconnu que la faiblesse de la France avait aussi été sa bureaucratie, qui a mis des semaines à homologuer des laboratoires d’analyses,
  5. qui a confisqué des masques que les collectivités comme certaines régions avaient commandés.
  6. On a vu un Etat paralysé par les normes,
  7. un Etat qui mettait des bâtons dans les roues des collectivités locales.
  8. Au contraire, il fait bien désormais de se tourner vers les fantassins de la République que sont les maires.
  • Son intervention vous a-t-elle laissé sur votre faim sur certains aspects ?

Il était très évasif sur l’aspect économique. Or il faudra des années et des années pour que la France puisse retrouver son niveau de croissance et de richesse d’avant cette crise. Donc il faut être capable d’encourager les activités qui le peuvent à revenir au travail en protégeant les salariés.

  • Il a pourtant annoncé qu’il fallait accroitre les aides économiques et les simplifier…

C’est vrai. Sur le tourisme, la culture, le report de charges n’était pas suffisant. Des entreprises vont faire faillite, donc il valait mieux annuler les charges, c’était très attendu. De même que les aides exceptionnelles pour les plus fragiles étaient absolument nécessaires. Nous proposerons d’ailleurs au Sénat qu’on puisse avoir une mesure d’encouragement pour les plus démunis, en défiscalisant jusqu’à 75 %, jusqu’à 1000 euros, les dons faits aux associations caritatives. Je pense aussi qu’il faudra défiscaliser les heures supplémentaires et exonérer de charges salariales et patronales sur ces mêmes heures supplémentaires. C’est une mesure de reconnaissance de ceux qui sont en première ligne.

  • Le Président a aussi dit qu’il voulait rebâtir une indépendance industrielle française, avec une autonomie stratégique européenne. Qu’en pensez vous ?

Je pense qu’Emmanuel Macron a prononcé ce soir l’oraison funèbre du macronisme. Fini la start up nation avec l’hommage aux salariés modestes, aux agriculteurs. Il a adressé une vraie critique du centralisme technocratique, qui a été la marque du quinquennat, et exalté les intérêts stratégiques français ! […]

Emmanuel Macron prolonge le confinement jusqu’au 11 mai. Aurélien Soucheyre & Cyprien Caddeo. L’Humanité. https://www.humanite.fr/emmanuel-macron-prolonge-le-confinement-jusquau-11-mai-687787

Au sujet des tests, des masques, des vaccins et du traçage numérique

Le président a de nouveau, et logiquement, rendu hommage aux soignants et à tous ceux qui sont en première ligne. Il a vanté le « doublement du nombre de lits en réanimation » effectué, la multiplication par cinq de la production de masques sur place, et la livraison de « 10 000 respirateurs de plus produits sur notre sol d’ici quelques semaines ». Mais il n’a pas réellement pointé la situation de perte de souveraineté sanitaire du pays, dépendant des commandes passées à l’étranger.

La France est aussi très en retard sur la question du dépistage du Covid-19, et pratique beaucoup moins de tests que l’Allemagne, par exemple. « Tester tous les Français, ça n’aurait aucun sens », a pourtant déclaré Emmanuel Macron, alors qu’en réalité le pays est pour l’instant démuni et n’a pas les moyens de le faire.

Des mots pour l’après…

Emmanuel Macron sera enfin à prendre au mot pour le « jour d’après ». Le président souhaite « un moment de refondation ». « Sachons sortir des sentiers battus, sachons nous réinventer, moi le premier », a-t-il annoncé. Des pistes ? Le chef de l’État veut « aider nos voisins d’Afrique en annulant massivement leur dette » et développer des « coopérations nouvelles ». Il a aussi évoqué « des femmes et des hommes » indispensables à la nation « que nos économies reconnaissent et remunèrent si mal ». Il prétend vouloir « bâtir une stratégie où nous retrouvons le temps long, la possibilité de planifier », et vante une « sobriété carbone ». La crise en cours constitue « un ébranlement intime et collectif. Elle nous rappelle que nous sommes vulnérables, nous l’avions sans doute oublié », développe-t-il.

Dans sa conclusion, il a dit vouloir « garder notre indépendance financière », ce qui dans le jargon macronien est habituellement une promesse d’austérité budgétaire drastique. Il entend également « rebâtir une indépendance agricole et industrielle ». Soit l’inverse de ce qui a été fait depuis 2017.