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Dès le début de la guerre civile espagnole, ce psychiatre et psychanalyste catalan avait été nommé responsable du service psychiatrique des armées républicaines.

Il avait monté des antennes au plus près du front, pour pouvoir prendre en charge sur place les décompensations psychiatriques (1).

Il avait mis en place des petits groupes de parole, en mettant à contribution des civils, pour constituer un «tissu humain», comme il disait, capable de prendre soin des combattants qui craquaient.

Après la défaite des républicains, comme des milliers d’autres réfugiés, Tosquelles avait été enfermé dans un camp à peine arrivé en France. Dans le camp de Septfonds, près de Montauban, il avait organisé une petite unité psychiatrique.

Sorti de là, début 1940, il avait été embauché par l’hôpital psychiatrique de Saint-Alban-sur-Limagnole (Lozère), où il avait appliqué sa méthode, et révolutionné pour longtemps la relation entre les soignants et les patients.

Excluant la camisole, il avait innové en organisant des activités thérapeutiques et des sorties de l’hôpital, ainsi que des réunions de parole qui rassemblaient les patients, les infirmiers et les médecins.

François Tosquelles avait réussi à faire accepter l’idée qu’il est nécessaire de soigner une institution qui se donne pour tâche de soigner.

Mais les hôpitaux psychiatriques ont ensuite été les premiers à pâtir des coupes budgétaires et du lean management, avant que l’hôpital général soit également touché, et que le tissu humain soit partout brutalement déchiré.

Le désira été étouffé, beaucoup de soignants sont partis dégoûtés, beaucoup de lits ont été fermés, les pratiques ont été piétinées.

Quand nous sortirons de l’actuelle crise sanitaire, nous aurons peut-être à nouveau les moyens de prendre soin des institutions de soin.

Mais avant le lancement du grand plan d’investissement promis par le président, ce sont des initiatives locales qui pourront redonner vie à l’hôpital public comme aux établissements médico-sociaux qui ont été trop longtemps maltraités.

L’hôpital de l’Hôtel-Dieu, par exemple, symbole de l’Assistance publique, situé au coeur de Paris, vient d’être vendu par l’AP-HP à Novaxia, un promoteur immobilier, qui projette d’y construire une galerie marchande, un restaurant gastronomique et plusieurs cafés. Déjà scandaleux hier, ce projet est aujourd’hui carrément indécent.

L’Hôtel-Dieu est un bien commun, il doit redevenir un hôpital.

Messieurs Hirsch et Descout (respectivement directeur général de l’AP-HP et directeur général de Novaxia Développement), reconnaissez que c’était une très mauvaise idée.

Rendez-nous l’Hôtel-Dieu.

On pourra y rouvrir des lits pour les malades et des bureaux de consultation, notamment pour les psychologues et les psychiatres qui vont devoir s’occuper des soignants traumatisés par leurs interventions sur le front de l’épidémie. On pourra appeler ce nouveau service « unité François-Tosquelles ».


Yann Didier Charlie hebdo. 08/04/2020


  1. Pierre Delion nous rappelle dans un très beau texte, « Le Moment Tosquelles ». Sur yapaka.be