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Des lycéens qui font circuler des captures d’écran de leurs profs faites lors des cours en ligne ; des familles de cinq qui s’engueulent pour utiliser le seul ordi de la maison ; un enseignant qui s’étonne de la soudaine participation de l’une de ses élèves, avant de se rendre compte que sa mère lui souffle les réponses…

L’expérience de « continuité pédagogique » imposée à tous par Blanquer tourne au cauchemar.

Car si Sibeth Ndiaye croit qu’un prof ne travaille que lorsqu’il est en classe, les enseignants du primaire, du collège et du lycée voient actuellement leur temps de travail multiplié au moins par deux. Non seulement il faut créer de nouveaux supports électroniques de cours (textes, graphiques, vidéos…), mais en plus, il faut répondre individuellement à chaque élève. Simplement pour ne pas s’exploser les yeux sur l’ordi toute la sainte journée, certains d’entre eux impriment les devoirs de leurs élèves, les corrigent, puis les scannent, pour pouvoir les réexpédier, un par un, à leurs ouailles. Oh ! comme c’est rapide et… « immatériel », tout ça!

Mais on le savait. Au début des années 2010, c’était la folie des Mooc, les massive open online courses, c’est-à-dire des cours en ligne, ouverts à qui veut. Il y avait de quoi : Harvard, Stanford et le MIT étaient, d’un coup, gratuitement accessibles à tout être humain sachant lire, et ayant accès à l’électricité et à un ordi.

Mais tous ceux qui se sont cassé les dents sur des régimes ou des cours de piano à distance le savent : seul, sans aide des autres élèves, sans échanges avec le prof, sans contrainte d’horaire, personne n’y arrive.

 C’est ainsi que 90 % des élèves inscrits aux Mooc abandonnent en cours de route, les seuls survivants étant les plus diplômés, très loin de la promesse initiale de démocratisation. Et tout ça alors que les Mooc, aujourd’hui en voie de disparition (enfin, avant le Covid), coûtent des millions aux universités.

Le coronavirus aura donc fait la preuve de l’échec de renseignement à distance. Et aussi de son caractère très inégalitaire. Blanquer aurait dû concentrer les enseignants sur les terminales et sur les élèves en difficulté, en leur réservant les écoles, comme l’ont proposé certains d’entre eux.

Là, c’est l’inverse : les enfants de pauvres ou en difficulté scolaire ont littéralement disparu, certains profs allant jusqu’à leur mettre des zéros fictifs dans l’espoir de recueillir un signe de vie… Mais, pour Jean-Michel, tout se passe bien. Il vient de lancer l’opération « Vacances apprenantes » afin que « les élèves puissent travailler pendant les vacances ».


Jacques Littauer. Charlie hebdo. 08/04/2020