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Inutile de se faire des illusions, malgré la belle assurance de Jean-Michel Blanquer, le bac 2020 sera un fiasco, doublé d’un millésime pourri.

Dessin de Félix – Charlie Hebdo – 08/04/2020

Mais il ne faut pas désespérer pour autant. La France reste plus que jamais une terre d’excellence intellectuelle, peuplée à ras bord de cerveaux fumants. La crise sanitaire dans laquelle nous sommes plongés nous en apporte chaque jour la preuve.

Ainsi, nous avons eu la surprise de découvrir que notre pays ne compte pas moins de 66 millions de virologues, tous incollables sur les effets, désirables et indésirables, de la chloroquine.

On a été tout aussi frappé de constater que les statisticiens de haut niveau capables de dire au chiffre près combien la grippe saisonnière fait de morts chaque année se dénombrent eux aussi par dizaines de millions.

N’oublions pas non plus les surdiplômés en masques et en stratégies de déconfinement, qui nichent dans le moindre interstice médiatique disponible.

Quant aux spécialistes de l’économie planifiée et de la nationalisation des outils de production, ils pullulent désormais comme des punaises de lit, y compris au sein d’appareils politiques idéologiquement fort éloignés les uns des autres.

Même chose du côté des vrais experts (ou du moins censés l’être), qui développent au fil de l’épidémie des talents insoupçonnés et se lâchent sans filet dans des domaines totalement étrangers à leur sphère de compétence.

Prenons par exemple le Conseil scientifique mis en place par le président de la République pour l’aider à gérer la crise du coronavirus.

Ce collège, composé quasi exclusivement de scientifiques « durs », infectiologues, virologues, épidémiologistes, médecins, s’est aventuré dernièrement sur un terrain où on ne l’attendait pas.

Dans son avis du 23 mars, portant sur le confinement et sa mise en œuvre, on trouve un insolite point 7, intitulé « Accompagnement spirituel ». Le conseil y « recommande de soutenir l’initiative des principaux représentants des communautés religieuses pour la création d’une permanence téléphonique nationale […] d’accompagnement spirituel inter-cultes ».[…] Étrange recommandation que voilà.

On admet qu’en ces temps tourmentés et incertains les croyants aient besoin de se raccrocher aux branches de leur foi pour tromper l’ennui du confinement. On comprend aussi que, s’ils sont saisis par l’angoisse de la maladie ou frappés par la mort d’un proche, ils souhaitent le soutien d’un représentant de leur culte.

Mais c’est l’affaire des seules autorités religieuses. Et certainement pas de scientifiques, dont on est en droit d’attendre qu’ils s’en tiennent au rationnel, et seulement au rationnel.

[…] La « spiritualité » [est peut-être d’une utilité], mais il est pour le moins paradoxal de voir des scientifiques venir ainsi à la rescousse de leurs pires ennemis…

S’il est bien une chose qu’il est plus que jamais vital de fuir actuellement, outre les microbes, c’est l’irrationnel.

Pour comprendre, traiter, endiguer et venir à bout du Covid-19, nous avons besoin de la science, et de son corollaire, la raison. Et mettre la science à l’œuvre, c’est précisément la tâche (et la seule tâche) des scientifiques.

Quand un animateur de télé-réalité, un politicien démagogue, un expert-comptable ou votre concierge s’improvise infectiologue, c’est juste ridicule. Mais quand un infectiologue s’improvise ministre du culte, on n’est pas loin du reniement.


Gérard Biard. Charlie Hebdo. 08/04/2020