Étiquettes

Les traits sont durs et certaines, certains, penserons qu’ils sont déplacés dans la période où nous vivons …

… alors posons-nous un instant et réfléchissons un petit peu, oui nous le savons aussi, c’est un exercice bien délicat dans ces jours de confinement abreuvé que nous sommes de films et séries débiles par cette foutue télé, mais, sont-ce les dessins qui sont excessifs ou la gestion de ce gouvernement ?

Dessin d’Aurel – Le Canard Enchainé 08/04/2020

Au bout de trois semaines, on a l’impression d’avoir tout entendu sur le coronavirus.

Se laver les mains, applaudir à la fenêtre, faire des gâteaux pour Les soignants, acheter des masques aux Chinois, télétravail, et bien d’autres choses encore.

On a hâte que ça se termine, d’abord pour que tout le monde retrouve une bonne santé, mais aussi parce qu’on aimerait savoir à quoi va ressembler le bordel politique qui suivra. Car il est bien évident qu’après cette tempête une autre se déclenchera quand il faudra désigner des responsables et prendre les mesures pour que cette bérézina sanitaire ne se reproduise plus.

Déjà les discours s’aiguisent sur la meule comme le couteau avant l’égorgement.

D’un côté, il y aura ceux qui défendront Le service public et exigeront que Les dépenses de santé publique soient sanctuarisées, protégées de toute logique de rentabilité. Les partisans de ce discours tenteront de redonner à notre époque atone Le souffle de la reconstruction d’après-guerre, quand fut appliqué l’ambitieux programme du Conseil national de la Résistance, avec la création de nos systèmes de retraite et de santé actuels.

De l’autre côté, les obsédés du libre marché, qui, depuis des années, ont diffusé leur propagande selon laquelle les hôpitaux devaient être gérés comme des entreprises et la santé comme un business, reviendront à la charge en affirmant que la crise sanitaire est La preuve que la gestion publique de la santé des Français est catastrophique et qu’il faut la confier à des boîtes privées.

Passé l’émotion des morts par milliers et des enterrements sans fleurs ni couronnes, on verra sortir de leur trou comme les crabes à marée basse Les gestionnaires jansénistes, les obsédés du déficit, les professeurs d’économie qui asséneront aux cancres que nous sommes que la santé publique doit être gérée comme une start-up.

Pour nous convaincre, on nous enfoncera dans le crâne, comme on intube les malades du coronavirus, des statistiques, des projections et des déficits.

Ces chiffres investiront notre cerveau comme le virus les poumons du contaminé. Car les pires microbes sur terre ne sont pas ceux des épidémies, mais les chiffres.

La vérole, ce sont les chiffres; la peste, ce sont les statistiques; le cancer, ce sont les courbes.

Tout peut être traduit en chiffres, nous avait expliqué, triomphant, notre professeur de mathématiques au lycée, car lui les maîtrisait, alors que ses élèves, pas du tout.

Dominer les autres par les chiffres, ce vice existe donc.

La durée de votre vie, la longueur de votre pied, la masse de votre poitrine, La tension de votre coeur, toute votre existence peut se résumer en chiffres.

Sauf la pensée. On n’a pas encore réussi à convertir en chiffres nos émotions, nos rêves, nos désirs. Par conséquent, ils n’existent pas. Ce qui ne peut être transformé en chiffres n’a pas d’existence politique. On ne sait donc pas quantifier la valeur de notre existence, alors qu’on peut déterminer la valeur d’un bâtonnet pour réaliser le prélèvement dans notre narine qui détectera le coronavirus. Un Coton-Tige a plus de prix que notre vie, car on ne sait comment la chiffrer, alors qu’un Coton-Tige, si.

Des chiffres, encore des chiffres.


Riss – Charlie Hebdo – 08/04/2020


Dessin de Kiro – Le Canard Enchainé 08/04/2020