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Au sortir de cette épidémie, nous allons vers quoi ?

D’un côté, la crainte que notre économie ne s’effondre à cause du coronavirus, et la certitude que tout doit être fait pour la sauver

« Quoi qu’il en coûte », comme l’a déclaré Emmanuel Macron. De l’autre, la conviction que cette crise sanitaire nous « dit » quelque chose sur la façon dont nous habitons et martyrisons notre planète. Entre ces deux pôles, l’arc est devenu électrique.

Les défenseurs de l’environnement sont accusés de profiter du Covid-19 pour avancer leurs pions politiques; et les industries polluantes, de se servir du coronavirus pour forcer les gouvernements à suspendre les règles de bonne conduite écologique, comme elles ont déjà réussi à le faire aux États-Unis. Faux débat.

Certes, le coronavirus n’est pas un enfant du réchauffement climatique ni des pesticides, et les grandes épidémies sévissaient longtemps avant l’invention du capitalisme. Mais comment ne pas faire le lien entre les appels de médecins envoyés au front avec des moyens trop limités et les cris d’alarme lancés par des milliers de chercheurs, depuis trente ans, sur ce qui attend l’humanité si la protection de l’environnement ne devient pas notre absolue priorité ?

Peut-on applaudir à la mobilisation de toutes les ressources de l’État dans la « guerre » contre le Covid-19 sans enrager, au même moment, devant la faiblesse des moyens mis en œuvre pour entamer d’urgence la transition écologique?

Toutes les grandes crises, à travers l’Histoire, ont ouvert une parenthèse pendant laquelle des réformes courageuses, radicales, indispensables étaient possibles pour améliorer le système.

Mais ces parenthèses ne durent pas indéfiniment.


Olivier Pascal-Moussellard – Télérama – 08/04/2020