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Alors que certains pays riches s’empoignent sur les bienfaits supposés de la chloroquine, des humanités fragiles sont en train de sombrer.

Sur l’île de Lesbos, en Grèce, où 38.000 réfugiés s’entassent dans des camps disposant de 6.800 places, le Covid-19 a fait son lit. Visites interdites, autorisations de sortie réduites. Ici, les familles sont confinées sous des tentes ou des abris de fortune qu’elles ont elles-mêmes fabriqués. Ni gestes barrière (pas d’eau) ni distanciation sociale, pour cause de peuplement.

« Une bombe sanitaire », a déclaré le gouvernement grec. Et que dire des 10.000 réfugiés entassés à la frontière terrestre entre la Grèce et la Turquie ?

En Inde, c’est au bâton que la police fait respecter le confinement, alors que 1,3 milliard d’habitants (dont 75 millions de sans-abri ou de miséreux entassés dans des bidonvilles) sont interdits de rue. Les flics font la chasse aux contrevenants, les frappant, les humiliant, les faisant marcher à quatre pattes, tandis que sont marquées les façades des maisons où sont suspectés des cas de coronavirus.

Violences aussi au Burkina et au Sénégal, où les vidéos des exactions policières font le tour des réseaux sociaux. Ceux qui sortent malgré l’interdiction sont frappés, tirés hors de leur voiture et malmenés. « Il faut absolument confiner la violence policière », a protesté l’ancien chef de cabinet du président sénégalais Macky Sall.

Les mollahs iraniens ont renvoyé en France neuf médecins de MSF qui venaient de construire un hôpital de campagne de 48 lits à Ispahan. Ces « espions » auraient-ils pu donner d’autres chiffres que les chiffres officiels ?

Quelque 62.000 Afghans ont quitté l’Iran et sont retournés dans leur pays entre le 15 et le 21 mars. Aucun n’a été testé au Covid-19. « Un gigantesque désastre », prédit l’ONU, dans la bande de Gaza, qui ne dispose que de 60 lits en soins intensifs. Et un peu moins encore en Haïti, déjà dévasté par le tremblement de terre de janvier 2010 où, selon l’éditorialiste du journal « Le Nouvelliste » (19/3), « la vie continue sans entrave dans les grandes villes surpeuplées ». Au rythme de la corruption et de la grande pauvreté, s’entend. Et ça, c’est quelle ligne ? Les avant-postes ?


Article signé des initiales S. Ch. – Le Canard enchaîné. 01/04/2020