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750 Milliards d’€

Le « programme d’achat urgence pandémique » de la Banque centrale européenne (BCE) a beau avoir un nom débile, il n’en est pas moins impressionnant.

Je rappelle, à titre de comparaison, qu’il y a quelques semaines, Emmanuel Macron voulait faire péter notre magnifique système de retraites pour 15 petits milliards € de déficit futur…

Les banques centrales sont les institutions les plus bizarres de la planète économique. Elles sont le centre de l’activité économique, celles dont tous les autres dépendent, vous compris, cher lecteur. Car sans banque centrale, pas de monnaie, pas de crédit, et donc, par exemple, pas de moyen de vous endetter pour acheter le pavillon de vos rêves. Mais personne ne sait comment elles fonctionnent, parce qu’on ne l’apprend pas à l’école.

Certes, vous avez l’impression d’emprunter à la Société générale, à la BNP ou au Crédit lyonnais. Mais savez-vous que ces établissements bancaires ne sont que des intermédiaires?

Quand votre banque vous accorde un prêt immobilier, elle ne va pas vérifier dans ses coffres si elle a assez de pépètes. Elle vous prête, et puis c’est tout. Ensuite, éventuellement, elle se tourne vers la BCE pour qu’elle lui fasse une rallonge (on appelle ça le « refinancement »).

Dans les économies modernes, le crédit est le sang qui maintient le patient en vie.

Car nous sommes tous endettés, tous ! Les États, bien sûr, mais aussi les particuliers, et les entreprises, énormément.

Dans les années 1930, aux États-Unis, des milliers de banques ont fait faillite, des millions de gens ont tout perdu (vraiment tout), puis la crise s’est propagée en Europe, où certains citoyens ont porté au pouvoir ceux qui promettaient le plein-emploi, même ceux qui se prénommaient Adolf.

C’est parce qu’on s’en est souvenu qu’en 2008, les banques centrales ont prêté comme des malades aux banques privées, qui auraient fait faillite sinon.

Et c’est pour cela que les banques centrales recommencent aujourd’hui. Comment font-elles? Très simple : elles créent de l’argent à partir d’absolument rien.

Au demeurant, le nombre de billets qu’elles impriment n’est pas limité par leur stock d’or, comme cela était le cas au XIXe siècle.

Concrètement, la « planche à billets » fonctionne comme suit : les banques centrales achètent la dette des États, des entreprises, des municipalités… Et comme tous ces braves gens ont des fonds, ils paient leurs fournisseurs, leurs salariés, leurs propres dettes, et ne font pas trop faillite.

La Banque centrale européenne pourrait-elle, de la même façon, filer de l’argent à l’État français pour qu’il embauche quelques millions d’infirmières et de médecins? Matériellement, oui. Légalement, non. La BCE n’a pas le droit de financer les États, c’est le traité de Maastricht qui l’a dit.

Pourquoi? Parce que Milton Friedman a convaincu le monde que la monnaie était une chose trop sérieuse pour être confiée aux États.

Selon lui, dès qu’un État touche de l’argent, il fait n’importe quoi avec, à commencer par plein d’inflation. C’est faux : la Banque de France, nationalisée en 1945, a parfaitement accompagné la croissance française des Trente Glorieuses, sans inflation majeure, jusqu’à ce que les chevelus foutent tout en l’air en 1968.

« Grâce » à l’Europe, la Banque de France a été séparée de l’État en 1994, avant d’être absorbée par la BCE. Résultat: la BCE sera toujours là pour sauver la Société générale, mais pas le CHU de Strasbourg (par exemple). CQFD et à tes souhaits ! Merci Maastricht et les divers traités ZEUROPÉENS.


Jacques Littauer. Charlie hebdo. 01/04/2020