Étiquettes

… Oui, l’après n’est pas l’abdication, l’abandon des revendications d’avant le covid19 mais bien de tenir compte de celles et ceux-ci pour revoir tous le système de gouvernance … non seulement en France mais aussi en Europe.

Par exemple, la réponse de Corinne Morel Darleux à la question de Médiapart : On a devant nos yeux ce qui ressemble aux premières secousses d’un effondrement. Économie, finance, transports, services de santé, lien social… Tout semble s’écrouler. Est-ce que cela ressemble à des choses que vous aviez imaginées ?

Corinne Morel Darleux : Disons qu’on en avait déjà les prémices sous les yeux. Le système de santé s’écroulait en France avant l’arrivée du coronavirus. La casse des services publics, la fragilité de flux financiers basés sur la spéculation et la dette, l’absurdité de faire faire le tour du monde à un pot de yaourt ou à un jean, tout cela n’est pas nouveau. La pandémie agit comme le révélateur d’autres catastrophes préexistantes, elle précipite des risques qui existaient déjà.

Par contre, une pandémie provoquant une paralysie mondiale aussi brutale, j’avoue que je ne l’avais pas imaginée. Dans mes interventions publiques, depuis des années, j’alerte sur le dérèglement climatique, l’extinction de la biodiversité, la dépendance au pétrole ou la perspective d’un krach boursier mais je ne m’étais jamais autorisée à parler de pandémie. Je me disais que cela sonnerait trop alarmiste, exagéré…

Cette situation vient malheureusement valider plusieurs constats, notamment sur l’inconséquence que représentent la mondialisation des flux de marchandises et le fait d’avoir cantonné petit à petit certains pays à la production de biens dits immatériels. Nous nous retrouvons ainsi complètement dépendants pour certains biens de première nécessité, médicaux notamment.

Elle agit également comme un révélateur des inégalités sociales. Ce qui est en train de nous arriver me fait penser à une expression de Naomi Klein que je cite souvent : le dérèglement climatique comme traduction atmosphérique de la lutte des classes. Les périodes de crise nous rappellent violemment que non, on n’est pas tous dans le même bateau, que ce soit en termes de responsabilité ou de vulnérabilité.

On le voit avec le coronavirus qui à son tour réactive la notion de classes sociales, par les conditions de travail et de confinement notamment. La situation confirme que les activités professionnelles n’ont pas toutes la même utilité sociale – et que bien souvent cette utilité sociale est inversement proportionnelle à la reconnaissance, y compris salariale.

La gestion de cette crise est enfin une démonstration par a+b que l’argent existe et que les affectations budgétaires sont des choix politiques. La « règle d’or » européenne des 3 % de déficit est une discipline dictée par des positions idéologiques, ce n’est pas une fatalité économique. Tout ce qui hier était soi-disant impossible au nom des logiques libérales devient possible en situation de pandémie – pas tant pour des raisons sanitaires d’ailleurs qu’économiques. Or la crise était déjà là, pour beaucoup de gens.

Déforestation, destruction de la biodiversité, ultra-libéralisation de nos économies et creusement des inégalités : le coronavirus est une catastrophe qui vient s’y superposer et fait basculer un à un l’ensemble des dominos qui vacillaient déjà.

  • L’urgence sanitaire sur laquelle tous les regards (et toutes les craintes) sont focalisés aujourd’hui n’est-elle pas étroitement liée à l’urgence sociale et à l’urgence écologique ? Y a-t-il un sens à hiérarchiser entre ces trois dimensions ?

Non, ces trois urgences sont en effet complètement imbriquées et la pandémie actuelle en apporte la preuve par le tragique.


Amélie Poinssot. Médiapart. Titre original : « Corinne Morel d’Arleux : « la pandémie de noix pas servir à étouffer des luttes » ». Source (extrait)


L’après l’autre crainte est sociale dans les rangs LR-EM

Plusieurs personnalités, comme M. Guerini, craignent de voir la crise sanitaire déboucher sur une crise sociale … selon Alexandre Lemarié dans le monde sous le titre : « La majorité surveille la contagion de la colère ». Source (Extrait)


Les uns sont contraints de poursuivre leur métier sur le terrain, tandis que d’autres peuvent l’exercer à distance. L’épidémie due au coronavirus fait apparaître de nouvelles fractures sur le marché du travail. Comme une France à deux vitesses.

D’un côté, les soignants, caissières, éboueurs, routiers, livreurs, boulangers ou policiers continuent à se rendre au travail, malgré le risque de contamination, pour assurer le bon fonctionnement du pays.

De l’autre, les catégories supérieures du secteur tertiaire sont tenues de rester chez elles, en ayant recours au télétravail.

De quoi accentuer l’impression qu’il existerait deux France, entre les « premiers de cordée » et les autres. « Si cette crise peut remettre du ciment social, en poussant à la solidarité nationale, elle ravive aussi les fractures du pays, entre une France d’en haut et une France du bas, entre les exposés au risque sanitaire et ceux qui ne le sont pas, analyse Jérôme Fourquet, directeur du pôle opinion à l’IFOP. L’écart peut s’accroître entre une partie des cols bleus, qui continuent à aller au charbon, la boule au ventre, et une partie des cols blancs, confinés à leur domicile et moins exposés ».

Aux yeux du sociologue François Dubet, la crise a toutes les chances d’exacerber le sentiment d’injustice ressenti par les travailleurs les plus mobilisés, disposant d’un niveau de revenu souvent inférieur à celui des cadres.

« Pourquoi suis-je obligé de travailler quand d’autres en sont dispensés ? Le confinement accroît la violence des “petites inégalités” », souligne-t-il dans une tribune au Monde, publiée le vendredi 27 mars.

Au sommet de l’Etat et de la majorité, certains ont fait le même constat et redoutent que la crise sanitaire débouche sur une crise sociale, en évoquant une potentielle forme de « giletjaunisation » de la crise. « L’épreuve actuelle peut faire ressurgir un phénomène de lutte des classes », estime le député La République en marche (LRM) des Deux-Sèvres Guillaume Chiche.

Et de poursuivre : « Aujourd’hui, les fonctions vitales du pays sont assurées exclusivement par des employés et des ouvriers. Ce sont donc les catégories les plus précaires qui occupent les métiers les plus essentiels à la bonne marche du pays et qui sont en outre les plus exposées au risque sanitaire de contamination. Cela devrait accentuer de manière légitime leurs revendications. »

Une situation jugée périlleuse par certains macronistes. « Il ne faut pas laisser s’installer l’idée qu’il y aurait deux France, celle des travailleurs sur le terrain et celle du télétravail ; celle confinée dans les HLM et celle des résidences secondaires ; celle des PME et celle des grands groupes », prévient le délégué général de LR-EM, Stanislas Guerini. Avant de mettre en garde : « Le risque que les fractures s’exacerbent entre ces deux France est réel ».

Conscient de ce danger, l’exécutif multiplie les remerciements à cette armée de l’ombre, dont la fonction s’avère essentielle afin de ne pas générer un arrêt total de l’économie.