Étiquettes

… Un sérieux risque de pénurie de médicaments sur les hypnotiques, curares et antibiotiques.

Les responsables de l’AP-HP alertent sur l’important risque de rupture de stock de ces médicaments indispensables à la réanimation: qu’est-ce que le gouvernement attend pour réquisitionner ?

Pourtant l’industrie pharmaceutique entendrait dicter leur conduite aux politiques

Elles ont accumulé 7.770 milliards d’euros de bénéfices entre 2000 et 2018. Mais l’avidité reste de mise chez beaucoup de multinationales du médicament en ces temps de pandémie. Coups fourrés sur la classification des médicaments, dumping sur le prix des traitements, refus de partager les savoirs… Big Pharma prend le train en marche de la lutte contre le coronavirus, mais ne renonce à rien. Explications.

D’après une étude publiée, début mars, dans le Journal of the American Medical Association, une prestigieuse revue scientifique aux États-Unis, 35 multinationales parmi les plus importantes du secteur ont, entre 2000 et 2018, engrangé, grâce à un taux de profit deux fois supérieur à celui des géants des autres domaines d’activité (76,5 %, contre 37,4 %), la somme proprement faramineuse de 8.600 milliards de dollars (7.770 milliards d’euros) de bénéfices. En regard, le montant des investissements en recherche et développement sur les coronavirus, calculé par le think tank australien Policy Cures Research, apparaît tout à fait dérisoire, oscillant, à l’échelle mondiale, entre 24,5 et 45,5 millions d’euros ces dernières années.

Face au Covid-19, à l’impéritie des États qui ont indéniablement tardé à réagir et qui se livrent maintenant une concurrence féroce pour rafler les biens les plus rares, s’ajoute donc l’incurie des grands groupes pharmaceutiques qui, bien arrimés à leurs rentes liées aux traitements brevetés pour le cancer ou le diabète, ont largement tourné le dos à la recherche et à la production de traitements pour les maladies infectieuses, nettement moins rentables à court terme…

Depuis la mi-mars, avec l’extension de la pandémie sur le continent européen et aux États-Unis, Big Pharma semble se mettre en mouvement, mais sans rien abandonner de sa gloutonnerie financière, ni céder aux exigences du bien commun mondial au nom de la sacro-sainte propriété intellectuelle. C’est le cas, à la fois, sur les tests et sur les traitements potentiellement efficaces contre le coronavirus, mais également sur les vaccins .

Côté tests, alors que les gouvernements multiplient les effets d’annonce sur des campagnes massives de dépistage à venir (l’Allemagne promet 500.000 diagnostics par semaine, le Royaume-Uni parle de 3,5 millions d’examens autoadministrés permettant de rechercher les éventuels anticorps afin de déterminer si l’individu a été affecté ou non par le virus, etc.), les effets de la pénurie sont sévères dans de nombreux pays : les enzymes qui servent pour les réactifs manquent, tout comme le matériel nécessaire à l’extraction des éléments de signature génétique de la maladie. Du coup, plutôt que de partager leurs connaissances et de les mettre à disposition pour assurer une production à la hauteur de la demande, les multinationales cherchent à dicter les politiques en matière de santé publique, même si leurs consignes vont à rebours des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur la généralisation des tests.

Pour les tests comme pour les médicaments potentiellement efficaces contre le coronavirus, la question de l’accès universel, à un coût modique, écartant donc toute spéculation des groupes pharmaceutiques, est encore plus déterminante.

Devant les défis ouverts par la pandémie, la mobilisation sur l’accès aux médicaments pour tous à des prix abordables est relancée.


Composé d’après plusieurs articles dont celui de Thomas Lemahieu paru dansL’humanité. Source (Extrait)