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Ce « pourrait » être l’entame d’une chanson de 1940 … enfin a vous d’juger !

Il paraît que c’est en temps de crise que l’on révèle sa véritable nature. Si c’est le cas, et s’il existe une nature « Label France », ce que nous dit l’épidémie de coronavirus des Français du début du XXIe siècle n’est pas glorieux. Bien sûr, il y a tous les personnels médicaux et paramédicaux, dont on reconnaît enfin, après les avoir considérés pendant des années comme des accessoires de bureau dispensables, qu’ils sont dévoués au-delà de tout à leur mission. Bien sûr, il y a les forces de l’ordre et les pompiers, une fois encore en première ligne, et pas toujours avec les moyens adéquats.

Bien sûr, il y a ces citoyens des centres villes, fêtards brutalement privés d’happy hour, qui applaudissent chaque soir au balcon les soignants pour saluer leurs dévouements et les encourager, comme l’ont fait avant eux les Italiens. Bien sûr, il y a tous ces bénévoles qui offrent leurs services aux plus démunis. Vue sous cet angle, la France est peuplée de braves gens, généreux et solidaires.

Mais il y a aussi ces milliers de Parisiens et de citadins des grandes villes qui, dès que le bruit a couru sur la mise en place de mesures de confinement, ont fui en masse vers les cambrousses et les littoraux comme si l’armée allemande venait de franchir les Ardennes, afin de profiter des premiers beaux jours et, surtout, de partager leurs microbes avec les ploucs enclavés qui n’ont ni la 4G ni le coronavirus (ni beaucoup de médecins ni d’hôpitaux non plus, ce qui tombe bien). Accessoirement, ceux qui ont la chance d’avoir une maison de famille dans laquelle leurs vieux parents coulent une retraite paisible auront même l’occasion de les contaminer et, peut-être, de faire un bel héritage…

Il y a ces hordes d’abrutis qui dévalisent les supermarchés et les supérettes, emplissant leurs chariots de PQ et haletant à flots continus sous le nez de caissières vaguement ou pas du tout protégées, qui voient défiler en une journée l’équivalent d’une semaine de boulot. Il y a cet ado le nez dans son portable qui, de peur de perdre 10 cm dans une file d’attente, vous rigole directement dans le cou en regardant des vidéos de chats qui dérapent sur du lino. Il y a ce (très) vieux beau qui, dans la même file d’attente, se poste à vos côtés pour vous expliquer, avec force bave et postillons, que la grippe asiatique de 1957, ça, c’était quelque chose (situation vécue).

Vu sous cet angle-là, le Français est fidèle à sa réputation : individualiste et con comme un slip sale.

Et même si l’on reste scrupuleusement confiné chez soi en télétravail pendant que les gosses sont scotchés sur Netflix, nos modes de (sur)consommation numérique reposent sur une illusion : Internet, c’est virtuel. Sauf que, pour que l’on puisse recevoir nos commandes virtuelles, d’Amazon ou de toute autre plateforme de commerce en ligne (c’est aussi valable pour les produits alimentaires achetés en «drive»), il faut que des humains, bien réels, eux, préparent ces commandes, tes expédient, les livrent. Et ces humains sont légion.

Ils vont l’être encore plus avec le boom numérique engendré par le confinement généralisé. Amazon a ainsi annoncé le recrutement (temporaire, n’en doutons pas) de 100.000 personnes aux États-Unis pour faire face à l’afflux de commandes. Pas sûr que ces valeureux forçats de nos loisirs et de notre confort, que l’on oublie ou que l’on dédaigne avec tellement de facilité, pourront se frotter les mains au gel hydroalcoolique après chaque colis… Car il n’y a pas de temps à perdre, dans les entrepôts planétaires. Tout comme dans les centrales d’achats des géants de la grande distribution (qui font en prime rouler à flux surtendus des routiers qui n’ont même plus d’endroit où prendre une douche).

On s’inquiète pour l’économie?

On a tort. Le capitalisme et son corollaire, l’individualisme, sont des parasites qui survivent sur tous les corps sociaux, quel que soit leur état de santé.


Gérard Biard. Charlie Hebdo. 25/03/2020