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… Mais rien n’est affirmé. Encore une Madame Soleil sans doute

Le discours de Macron du 12 mars 2020, laissait entendre des changements profonds. Ce n’est pas ce que pense Bercy, encore moins l’opposition.

« Retenons cela: le jour d’après, quand nous aurons gagné, ce ne sera pas un retour aux jours d’avant. Nous serons plus forts moralement. Nous aurons appris et je saurai aussi avec vous en tirer toutes conséquences, toutes les conséquences ». La phrase a fait mouche, dans l’esprit de beaucoup.

Ce 12 mars 2020, alors que nous nous apprêtons collectivement, sans le savoir vraiment, à basculer dans le monde « d’après », celui du confinement, de la fin des verres en terrasse et de la peur quotidienne pour soi et ses proches de la maladie que nous n’appelions pas encore le Covid-19, Emmanuel Macron fait une promesse. La promesse que « rien ne sera jamais comme avant ». Peut-on le croire? Que met-il derrière ces mots? Les avis sont divisés, même au plus haut sommet de l’État.  

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Difficile de savoir exactement ce qui se passe dans la tête du chef de l’État. « C’est encore très flou », concède cette conseillère de l’exécutif qui perçoit deux formes de leçons à tirer de la crise: « Ce peut être une façon de dire que si, par exemple, l’hôpital public n’était pas complètement prêt à une crise comme celle-ci, l’heure viendra de trouver des responsabilités politiques, mais pas maintenant où l’on doit être unis ».

Autre « conséquence », qui serait sous-entendue par Emmanuel Macron: « ça peut-être une autre façon de gouverner, une autre gestion des finances publiques pour l’après-crise », lance-t-elle, comme une hypothèse.

« L’argent est distribué. Est-ce qu’il est bien redistribué? Peut-être pas. Est-ce qu’on a augmenté les allocations sociales aux dépens des services publics? La réponse est oui », analysait-on à Bercy sans jamais parler d’un éventuel changement de logiciel économique. « On met près de 15% de notre PIB dans la santé, la Corée en met 8% et elle gère mieux la crise. Malgré la mobilisation exceptionnelle des personnels de santé, nous souffrons d’une véritable ankylose de notre service public. Il ne s’agit pas de dépenser plus, mais autrement et mieux », appuyait, à distance, le député Bourlanges.

Si Emmanuel Macron ne tire pas de leçons conséquentes sur la lutte contre le réchauffement climatique, la revalorisation des salaires « essentiels » ou encore le renforcement des services publics, nul doute qu’il trouvera sur sa route de nombreux Français, déjà chauffés par la crise des gilets jaunes et prêts au changement dans de nombreux domaines, si l’on en croit les messages qui s’échangent sur les réseaux sociaux dans des cercles de pensées aussi divers que ceux de l’échiquier politique. 

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Bruno Retailleau pousse un long soupir au téléphone. Et laisse un blanc. « J’ai quelques doutes sur leur volonté de faire autrement… ». Il regrette notamment le choix d’Emmanuel Macron de ne pas avoir fermé les frontières et estime que « les 35 heures aussi ont bousillé l’hôpital ». Mais dans le même temps, le patron du groupe LR au Sénat le dit sans détour: « Il faudra changer de logiciel ». « Il faudra déglobaliser pour relocaliser et on devra tirer des conséquences similaires sur la crise climatique ». Des mots rares dans la bouche d’un dirigeant de droite.

« Évidemment qu’il faudra tirer des conclusions radicales de ce qui s’est passé », abonde Boris Vallaud, député socialiste. « D’ailleurs, sur un certain nombre de sujets, nous avons porté ce discours: l’arrêt des traités de libre-échange comme le CETA, le retour de l’Etat, la transition écologique et les impôts sur les multinationales », énumère-t-il en parlant de propositions de loi ou amendements socialistes déposés depuis deux ans et demi.

A la crise économique durable qui se profile, beaucoup craignent qu’une crise politique s’y ajoute. « Face à cette terrible épreuve, je vois deux pulsions simultanées, à la fois contradictoires et complémentaires: une pulsion anarcho-révolutionnaire née de toutes les détresses morales et matérielles engendrées par la crise et, par ailleurs, une pulsion autoritaire, latente dans la société actuelle, mais qui sortira puissamment renforcée par l’angoisse et le désarroi. La démocratie risque de vivre des jours difficiles », pressent Jean-Louis Bourlanges.

La « pulsion anarcho-révolutionnaire », certains la souhaitent. « Il y a un potentiel révolutionnaire dans les éléments qui sont là. On verra comment la suite des événements se passe… », lance, à la volée, Ugo Bernalicis, convaincu en revanche que des responsabilités politiques seront trouvées par la suite. « La cour de justice de la République va être saisie, LR a prévu une commission d’enquête… Ceux qui ont imposé le premier tour des municipales alors qu’il y a eu des morts vont manger! » lance l’insoumis, sans filtre.

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Astrid de Villaines. Huffington Post. Titre original : « coronavirus : Macron va-t-il « tout changeait » après la crise ? ». Source (extrait)