Changer les directives économiques libérales du gouvernement, voilà des « décisions » possibles après la guerre gagnée sur la crise épidémique … mais sera-t-elle prise ?

Il conviendrait de parler plus clairement des décisions autour de « L’État d’Urgence sanitaire » et les ordonnances qui en découlent : Monsieur Macron et son gouvernement s’arrogent en douceur les pleins pouvoirs. Pour ce faire, le président de La République utilise le registre martial dans ses allocutions jusqu’à mobiliser l’armée, fustigeant « les facteurs de division » et les « doutes ». On comprend alors qu’il faudrait se taire. On comprend qu’il ne faudrait plus de débat, plus d’opposition.

[Avec l’utilisation du chef de l’Etat du terme de « guerre » a propos du » combat » contre l’épidemie-pandémie, pourquoi s’arreter en chemin, pourquoi ne pas prendre des décisions  relevant d’une « économie de guerre ». La réponse Macronesque est assez facile à comprendre dans une logique mondialiste liberale … il ne s’agit nullement de « réquisitionner » des entreprises pour notamment fabriquer masques, machines à respiration, gels hydroalcooliques, laissons faire les entrepreneurs volontairement leurs business et profiter de la carence du gouvernement … ça fera deux sujets de communications en faveur du gouvernements, la France qui continue de travailler de plus pour la nation pour soutenir l’effort faite envers le monde de la santé … sans perte d’argent pour les industriels ; Bravissimo l’artiste.]

De même, il y a des ordonnances pour restreindre le droit du travail, mais aucune pour restreindre la circulation spéculative du capital, ni la rémunération des actionnaires. Il a fallu une pression forte pour que le ministre de l’économie conseille aux multinationales et aux banques de « se modérer » sur le versement des dividendes.

En vérité la question est éminemment politique. Elle est double:

  • La manière dont est gérée la crise – Les politiques qui nous ont désarmés face à celle-ci
  • Les conditions d’un dépassement du système actuel corseté par les traités européens.

Sur la gestion de la crise […] avoir persisté dans l’austérité pour l’hôpital alors que l’actuel directeur général de la santé auparavant membre des cabinets des ministres Bernard Kouchner, puis Marisol Touraine (celle qui a fait détruire tant de masques de protection), a dans deux notes à destination de Monsieur Macron (l’une datée du 5 septembre 2016), averti le président sur la situation de notre système de santé est plus que de l’inconséquence. Dans la première note à propos d’une possible crise sanitaire le Professeur Salomon qui cherchait à devenir Ministre de la santé écrivait « La France n’est pas prête ». « L’organisation du système de réponse a fait l’objet d’une structuration importante mais demeure complexe et manque de réactivité et de capacité d’adaptation aux situations spécifiques et évolutives ». En parlant de « l’accueil en milieu hospitalier en particulier si l’afflux de victimes est important, supérieur à 300 en urgence absolue » … « Un dysfonctionnement grave aurait des conséquences délétères considérables ».

Dans sa note du 11 janvier 2017, il écrivait à propos de l’épidémie de grippes sévères qui s’était abattue sur le pays. C’est « une triste et caricaturale confirmation du paradoxe français » : « l’épidémie précoce a été favorisée par les vacances scolaires de fin d’année, par l’absence de maitrise des gestes basiques d’hygiène : mouchoirs en papier jetables, lavage des mains, solutions hydroalcooliques, port du masque par les malades généralisés an Asie et quasi inconnus en France ». Il ajoutait « l’hôpital déjà en crise est désormais en tension car il ne dispose d’aucune élasticité pour absorber des variations d’activité ».

Pourquoi donc après un tel diagnostic avoir continué de serrer la vis à l’Hôpital.

Troisième enjeu. Ce sont bien les choix des gouvernements depuis le Traité de Maastricht qui nous a menés là.

Par exemple, l’argent mis à la disposition des grandes entreprises devrait être conditionnée au travail et la formation ; et a une trajectoire écologique de production.

Il ne suffit pas de soutenir « l’économie »

  • Il faudrait débloquer entre 4 et 10 milliards d’euros pour les hôpitaux, le travail, les qualifications, les embauches, le matériel
  • Il conviendrait de relancer une filière industrielle des moyens pour la santé
  • Encourager la recherche en coopération mondiale
  • Nationaliser le secteur des médicaments : fabrication et diffusion.
  • Renationaliser certains secteurs, construction automobile, Energie, Transport,
  • A partir des décaissements de la Banque centrale européenne, il conviendrait de lancer
  • un grand plan de modernisation et de démocratisation des services publics en lien avec les outils financiers français dont la Caisse des Dépôts et la Banque publique d’investissement.

Il faut-faudrait aménager le traité européen, sortir de ces dogmes.

La crise sanitaire et la « offre » le moment permettant d’amorcer une autre trajectoire notamment sociale, environnementale, politique, pour cela il faudrait une entente des dirigeants de tous les états européens ! Pas gagné


Article inspiré d’après un texte de Patrick Le Hyaric.


Dans le même ordre d’idées :

 […]

Replongerons-nous dans l’ancien monde ou sommes-nous en train d’ouvrir un nouveau monde ?

C’est « à l’ampleur finale du désastre humain, mais aussi économique, social et politique », à « la manière dont les dirigeants de l’Etat et la puissance publique seront parvenus (ou non) à gérer la crise et sauront (ou non) en tirer les conséquences pour déjà se préparer à la suivante », à, « la façon dont chaque individu reconfigurera (ou non) son double rapport au temps et à l’espace », que Pascal Perrineau conditionne l’envergure civilisationnelle de cette épreuve de vérité.

Mais aussi à une irrépressible leçon de l’Histoire : l’omniprésence du « tragique ».

Leçon qui ramène l’Homme, enivré d’arrogance, de vanité et de pouvoir, prisonnier de son anthropocentrisme, à ce qu’il est réellement : infiniment petit et infiniment vulnérable, infiniment barbare lorsqu’il siphonne le progrès de son sens.

« La violence de la pandémie rappelle que le tragique est propre à toute époque, passée et future ; elle rappelle que la maitrise définitive de notre environnement n’existe pas et à tout moment peut être défiée ; elle rappelle que les hommes sont l’agent premier de leur perte. Si ces rappels sur la fragilité sont intégrés par les gouvernants et les citoyens, les leçons de cette pandémie ne seront pas vaines », espère le politologue.

[…]

Quel système politique est le mieux adapté à la gestion d’un tel événement ?

Cette question est au cœur des débats d’ordre politique. Et elle n’est pas close, car lorsqu’on fait un tour du monde des régimes politiques confrontés à la pandémie, il est difficile d’avoir une opinion tranchée et universelle. De la Chine aux Etats-Unis, du Brésil à la Russie, de l’Inde à l’Europe… la comparaison est délicate. Reste que le succès (pour l’heure) des méthodes chinoises peut laisser penser qu’au plus fort d’une telle épidémie, un régime centralisé, autoritaire, décrétant des mesures radicales qui prennent appui sur des dispositifs liberticides, peut sembler plus efficace qu’une démocratie « à la française ou à l’italienne ». Mais à y regarder de plus près, il faut constater que des démocraties comme celles de Corée du sud ou de Taïwan, affichent elles aussi des résultats tout à fait convaincants sans avoir tenté de travestir l’ampleur du mal épidémique au départ. Preuve que les démocraties, tout en maintenant une transparence, ne sont pas condamnées à être inefficaces. Donc les explications se trouvent davantage dans la stratégie des mesures mises en oeuvre que dans la nature du régime qui les déploie. Et plus encore peut-être, dans la singularité « culturelle ».

En effet, qu’est-ce qui distingue, tendanciellement, les Chinois des Italiens, les Coréens des Français, les Japonais des Espagnols ?

Leur disposition, naturelle ou héritée de leur histoire, de reléguer les droits des individus derrière les droits de la collectivité. Pour exemple, c’est officiellement au nom de « l’intérêt de tous » que Pékin ou Séoul tracent les téléphones portables et compriment « l’intérêt de chacun ». Personne ne s’en émeut. Imagine-t-on une telle acceptation en France ? Le degré de discipline sociale et politique d’une nation ainsi que sa sensibilité à l’intérêt de la collectivité sont décisifs pour distinguer les niveaux d’efficacité des différentes stratégies retenues. […]


Interview réalisé par Denis Lafay.  La tribune. Titre original : « Pascal Perrineau : La pandémie sonne le retour, bienvenu, du tragique ». Source (Extrait)