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Ils ont l’air sympas, pas guindés pour deux sous, regardant bien l’objectif, ce 12 mars, à l’Élysée.

Ils ont bien compris leur mission : transparence, sourire, pas d’arrogance, les gens ne supportent plus les experts, vous êtes des « sachants » modestes en phase avec la société, OK?

Ils sont onze officiellement, mais seulement dix sur la photo. Critiqué depuis l’annonce de sa création, le 11 mars, le « Conseil scientifique », qui oriente le gouvernement et lui sert surtout de parapluie dans sa gestion de crise, n’est pas franchement à la fête.

L’un de ses membres, le bouillant Didier Raoult, à peine nommé, a pris ses distances, reprochant à l’institution une culture excessive du consensus (« Jean-François Delfraissy, son président, se retrouve là car il est gentil et bien élevé », a-t-il expliqué).

Par ailleurs, l’un de ses membres les plus éminents, Yazdan Yazdanpanah, chef de service à l’hôpital Bichât, dont les compétences sont pourtant reconnues par tous, est attaqué pour avoir fortement minimisé les risques d’épidémie, fin janvier.

Désormais, c’est la composition même du Conseil qui fait l’objet de vives critiques de la part de pointures du milieu. « La qualité individuelle de ses membres n’est nullement en cause », lance un éminent spécialiste en pneumologie. Et le même d’ajouter : « Daniel Benamouzig, sociologue, est expert en politiques de santé, en sociologie économique et en gouvernance, et, au lieu de nommer un spécialiste des pandémies, on a Laëtitia Atlani-Duault, anthropologue, qui a travaillé sur l’impact social des crises humanitaires et sanitaires et leur gouvernance, ainsi que sur celles découlant de violences organisées, y compris sexuelles. Simon Cauchemez, excellent spécialiste de la modélisation mathématique des maladies infectieuses, a travaillé sur la rage, la malaria, la dengue et la fièvre jaune.

Tous ces gens, brillants dans leur domaine, ne sont pas indispensables, alors qu’il manque dans ce Conseil un urgentiste, un pneumologue, puisque ce virus s’attaque aux poumons avant tout, et un radiologue, puisqu’on sait très bien que le scanner thoracique permet, encore mieux qu’un test, de diagnostiquer la présence de ce virus. »

Conseil d’amis

D’autres dénoncent la trop grande importance accordée aux spécialistes formés dans le combat contre le VIH, l’hépatite C et Ebola. « Jean-François Delfraissy, le président du Conseil, a nommé des gens qu’il connaissait. Comme lui, ils ont bien bossé sur ces sujets, et ont fait partie du programme REACTing, lancé par Manuel Valls en 2014, mais qui pensent tous de la même façon. Ce ne sont pas du tout des guignols, juste des gens qui ne sont pas au bon endroit. Bosser sur le VIH, un tueur qui prend son temps, cela n’a rien à voir avec le fait de devoir affronter une arrivée massive de malades qui nécessitent avant tout un scanner et une ventilation artificielle ! » tacle l’un d’eux.

Et un ponte de l’AP-HP d’enfoncer le clou : « Macron dit que c’est la guerre, mais il a nommé le général Gamelin, très bien sur le papier mais inadapté au terrain. »

Encore un Conseil d’amis ?


Anne-Sophie Mercier. Le Canard enchaîné. 25/03/2020