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La confiance des Français envers l’exécutif en chute libre.

Sondage du 25 Mars 2020

  • 55 % des Français jugent que le gouvernement n’a pas pris la mesure de la gravité de la situation,
  • 69 % estiment qu’il n’est pas clair
  • 79 % considèrent qu’il ne sait pas où il va.

Des chiffres très sévères, issus de l’enquête Regard des Français sur l’action du gouvernement et sur le confinement menée les 24 et 25 mars auprès d’un millier de Français par Odoxa avec Dentsu Consulting, pour Le Figaro et Franceinfo.

Sondage du 19 mars 2020

  • 55 % des Français disaient « faire confiance au gouvernement pour faire face efficacement au coronavirus » (un sondage Ifop-JDD).

Encore plus fort, dans un sondage Odoxa de la semaine dernière suivant l’allocution d’Emmanuel Macron,

  • 82 % des Français estimaient qu’il avait pris la mesure de la gravité de la situation,
  • 65 % qu’il avait été «clair»
  • 59 % qu’il leur disait la vérité et «savait où il allait».

Là, c’est la chute, alors qu’a explosé la polémique sur l’absence des masques et autres matériaux de protection.

En detaillant notre sondage du 25 /03/2020 ,

70 % des Français estiment ainsi désormais que le gouvernement ne leur dit pas la vérité

75 % sont désormais persuadés que le gouvernement n’a pas pris les bonnes décisions au bon moment et surtout parce qu’il n’a pas fait le nécessaire pour bien équiper les hôpitaux et les soignants face à l’épidémie.

Tous les Français interrogés (97 %), sont persuadés qu’il y a bien en France une pénurie de masques, et les deux tiers d’entre eux (65 %) estiment que le gouvernement actuel en est responsable.

Président d’Odoxa, Gaël Sliman note en outre que les Français « attendent du gouvernement de l’audace sur un plan sanitaire ».

En revanche, l’adhésion aux choix de l’exécutif est totale en matière de protection. Plus de 9 Français sur 10 estiment ainsi que le confinement est une « bonne mesure », qu’ils respectent. Ils sont plus de 80 % à penser qu’il durera au moins 4 semaines.

Mais là encore, la critique est présente face à l’exécutif puisque 88 % jugent qu’il aurait fallu le décider plus tôt. Et, note encore Gaël Sliman, « encore plus fort, en rebond aux annonces du chef du gouvernement Edouard Philippe, les Français se disent prêts à ce que le gouvernement aille encore plus loin au sujet du confinement ».


Sophie de Ravinel. Le Figaro. Original : « Sondage: la confiance des Français envers l’exécutif en chute libre ». Source (extrait)


Encore des promesses…

Le chef de l’Etat a pris à nouveau la parole mercredi soir en pleine épidémie de coronavirus, en promettant « un plan massif » pour l’hôpital. Les mêmes mots que sa ministre de la Santé employait déjà il y a trois mois pour vanter sa réforme… 

Le décor, déjà. Ce pupitre devant l’hôpital de campagne que l’armée a enfin pu déployer à Mulhouse, dix jours après la commande présidentielle. L’interprète en langage des signes dépêchée sur place, pour une nouvelle allocution qui ne parvient pas à sortir de l’aspect compassé d’une communication qui se raccroche à l’ancien monde quand tout fuit.

Pupitre, donc, cartel indiquant date et lieu. Heure enfin, 20 heures, selon ce rite présidentiel ancien, quand l’urgence, au contraire, devrait apporter une parole d’État qui n’attend pas. Le désir de reprendre la main en terme de communication, de mise en scène, transpirait dans cette troisième allocution du chef de l’État en moins d’une semaine.

Avec ses couacs, comme cette arrivée à Mulhouse, pour en quelque sorte inaugurer ce premier hôpital de campagne dans la crise du coronavirus, masque sur la bouche pour le chef de l’État. L’un de ces masques de protection FFP2, que tant de médecins et personnels de santé de ville réclament tant.

Ces chiffres ensuite, qu’Emmanuel Macron brandit comme des succès, alors qu’ils signent l’impuissance. Car au fond, faut-il que l’hôpital public ait été à ce point abandonné pour que, pour seulement 98 patients en surnombre et ayant besoin de réanimation, selon le décompte donné par le chef de l’État lui-même mercredi soir, il faille demander l’aide de la Suisse ou de l’Allemagne, mettre en branle -et inventer- un TVG médicalisé ?

Ou comme l’a fait Emmanuel Macron, se satisfaire que « 40.000 volontaires » se soient portés dans la réserve sanitaire, ou que 100.000 citoyens se soient portés volontaires sur la plate-forme « jepeuxaider » montée par le gouvernement, ça ne signe jamais que la faiblesse de l’État dans cette crise, et combien les citoyens la ressentent.

Le président de la République, trémolos dans la voix, a rendu un hommage vibrant aux soignants, promettant la majoration des heures supplémentaires et prime exceptionnelle, et un « plan massif » de revalorisation des carrières. Ironie de l’histoire, c’est précisément la même expression qu’employait Agnès Buzyn en novembre dernier, tandis qu’elle était encore ministre de la Santé, défendant que sa réforme était « un plan massif, historique », pour l’hôpital public. Alors quoi, Emmanuel Macron à Mulhouse, en évoquant ce « plan massif », faisait-il allusion à celui-ci, ou en annonçait-il un nouveau?

Accroché à son pupitre, le chef de l’État tempérait bien vite les ardeurs, en précisant que les réponses qu’il apporterait aux soignants en première ligne, aux femmes et hommes en deuxième ligne qui continuent à transporter, fabriquer, livrer, que cette reconnaissance de la nation s’effectuerait « dans les contraintes qui sont les nôtres ». A ceux-là, pas d’argent magique.

Le chef de l’État réunira vendredi patronat et syndicats, tandis que l’essentiel a été fait avec la série d’ordonnances prises le matin même en Conseil des ministres pour prendre de larges libertés avec le code du travail. Il a aussi annoncé mercredi à Mulhouse le lancement d’une opération militaire baptisée « Résilience », qui mobilisera les forces armées pour aider la population touchée par l’épidémie de coronavirus, à l’approche du « pic qui est devant nous », répétant à nouveau plusieurs fois « nous sommes en guerre ». Une rhétorique martiale, l’envoi de deux porte-hélicoptères, l’un dans le sud de l’océan Indien et l’autre dans la zone Antilles Guyane, comme si les deux navires pouvaient faire la différence dans cette « guerre ».


Lionel Venturini. L’humanité. Titre original : «Macron promet encore un plan pour l’hôpital ». Source