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Nationaliser ?

C’est désormais possible.

Oubliées, les piteuses privatisations des autoroutes, des aéroports de Nice, de Lyon, de Toulouse, et celle, prévue, de Paris-Orly et Paris-Charles-de-Gaulle, ou de la Française des jeux. Interdire les licenciements?

On a cru un instant aussi que c’était possible, Les Échos ayant titré le 16 mars « EXCLUSIF : le gouvernement veut interdire les licenciements pendant la crise du coronavirus », car la ministre du Travail avait, selon certaines sources, affirmé « qu’aucun plan de licenciement ne serait accepté dans la période ».

Heureusement, Édouard Philippe a ramené la trotskiste Muriel Pénicaud à la raison lors de son intervention sur France 2 le lendemain, estimant, du haut de son immense science : «L’interdiction administrative des licenciements, comme elle a pu exister, n’est jamais, je crois, une solution totalement satisfaisante. » Et Édouard préfère toujours une absence totale de solution à une très bonne solution non totalement satisfaisante, c’est un principe.

La règle de Maastricht des 3 % de PIB maximum pour le déficit public? On n’en parle même plus. L’État a ouvert, et pour longtemps sans doute, son grand chéquier : impôts, cotisations sociales, loyers, électricité, gaz, eau…, désormais, c’est Manu qui régale. Une commission doit se réunir pour décider du taux de remboursement des notes de mouton-rothschild.

Emporté par son élan, le 16 mars, notre Sauveur s’est laissé aller à dire que les personnels soignants «ont des droits sur nous ». Bon, pas au point qu’on les paie correctement, qu’on les protège de la maladie en leur filant des gants et du gel, ou qu’on leur donne les moyens de travailler. Mais, si les mots ont un sens, ceux-ci sont forts.

Macron l’a dit aussi, « aucune Française, aucun Français ne sera laissé sans ressources ». Certes, il est toujours un peu embêtant d’oublier qu’il y a 5 millions d’étrangers en France. Mais, à ce gros détail près, cette phrase prend une drôle de résonance : Emmanuel Macron se prononcerait-il en faveur de l’allocation universelle? Peut-être pas, mais pourquoi ne pas conserver, une fois la paix revenue, la «sécurité […] en termes de pouvoir d’achat, de continuité de leur vie » dont les Françaises et les Français peuvent disposer, désormais, mais seulement parce que « nous sommes en guerre »?

On se souvient peut-être que le Conseil national de la Résistance (CNR), auteur d’un des plus beaux textes du XXe siècle, avec les chansons de Johnny, bien sûr, souhaitait instaurer « un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État ».

Le souci, évidemment, c’est que c’est ce même programme du CNR – que le confinement nous donne enfin le temps de lire, merci Internet – que l’Emmanuel Macron d’avant le Covid-19 s’est méticuleusement attaché à défaire, avec l’aide de la Muriel Pénicaud d’avant sa conversion au mélenchonisme, en tailladant le droit du travail, en bousillant les retraites et en laissant crever l’hôpital sous les yeux impassibles d’Agnès Buzyn.

Pour le moment, la réforme des retraites est « suspendue ». Il va être rigolo de voir si, après deux mois de confinement et des milliers de morts, Macron va nous remercier de notre civisme et fêter la libération avec nous en cisaillant nos pensions.

À moins, évidemment, qu’il ne lise le programme du CNR en entier. Il va avoir le temps, là.


Jacques Littauer. Charlie hebdo. 25/03/2020