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L’épidémie actuelle majorée du confinement, d’obligation de fermeture de commerce non indispensable pour se nourrir ou se soigner ; tout comme des artisans, certaines professions libérales, autoentrepreneurs, PME, voire entreprise nationale ou internationale, vont au minimum pâtir un temps, voir déposer le bilan, dès la fin de cette situation ou dans les quelques mois qui vont suivre.

Il serait vain de s’illusionner quant à l’aide apportée financièrement par le gouvernement soit en matière de report de charges (mais qui resteront toujours à régler d’une manière ou d’une autre), soit par l’octroi d’un prêt bancaire (qui de toute façon n’aura qu’une conséquence l’endettement encore plus grand des diverses classes d’entreprises).

En dehors du nombre de pertes humaines, il y aura malheureusement bon nombre de pertes d’emploi et par conséquent une augmentation du chômage parmi les salariés. Comme chacun le sait la politique gouvernementale, privilégie d’abord les entreprises privées alors que nous l’avons vu avec cette grave crise humanitaire, les services publics sont vitaux dans une bonne démocratie.

La pluralité de l’information, déjà fortement illusoire, va demain, suite au confinement et la difficulté pour se rendre dans les lieux distribuant la presse, voir disparaître des titres encore « indépendants » (l’humanité, la Croix, Le Monde Diplomatique, le Canard enchaîné, Charlie hebdo, etc.).

Il faut savoir qu’actuellement 90 % des productions écrites est concentrée par 4-5 entrepreneurs financiers qui assurent en grandes priorités le rôle de passe-plats gouvernementale.

[…] Au premier examen, on pourrait être enclin à penser que le gouvernement, s’il a multiplié les couacs et les maladresses dans la gestion de la crise sanitaire, a au moins eu la sagesse de garantir le droit de savoir des citoyens, si utile en période calme, si impérieux en période de graves turbulences.

D’entrée, il a en effet dressé une liste des établissements autorisés à recevoir du public malgré le confinement ; et dans cette liste il a garanti la diffusion de la presse. On en trouve trace sur le site Internet du gouvernement, qui recense les établissements qui ne sont pas contraints par la loi de fermer leurs portes : « Tous les établissements indispensables à la vie de la Nation, notamment les marchés alimentaires clos ou ouverts et commerces alimentaires (y compris les Drive alimentaires), les pharmacies, les stations-service, les banques, les bureaux de tabac et distribution de la presse. »

Dans le cas de la presse, ou du moins dans le cas de la presse « papier », il faut pourtant admettre que cette garantie n’en est pas une. Car avec la fermeture progressive de tous les points de vente, l’effondrement du marché publicitaire, la suppression de nombreux salons dont vivent certains médias, c’est une bourrasque sans précédent qui s’abat sur la presse, dont de nombreux titres auront du mal à survivre, d’abord dans la presse magazine qui a très peu pris le virage du numérique, mais pas seulement.

C’est en quelque sorte la crise de trop.

Par le passé, la presse a connu d’innombrables séismes. Il y a eu la normalisation économique qui a conduit à ce que de nombreux journaux autrefois indépendants cessent de l’être, après avoir été croqués par des milliardaires ; il y a eu la crise éditoriale qui s’est ensuivie, avec son lot de censures ou d’autocensures ; il y a eu la « googlisation » progressive d’une partie de la presse, qui a fait le choix des logiques d’audience (et donc souvent de gratuité) au détriment des logiques de pertinence et de qualité ; il y a eu par surcroît la crise majeure des messageries […] Alors, avec par surcroît la crise du Covid-19, c’est comme le coup de grâce.

Il est certes difficile d’avoir un état des lieux précis des points de vente de presse qui restent ouverts. Mais à cela, il y a une raison très précise : c’est que les fermetures s’accélèrent de jour en jour, presque d’heure en heure. Pierre Bloch, porte-parole de l’Association pour l’avenir des diffuseurs de presse (AADP), confiait ainsi jeudi à Médiapart qu’à ce jour de nombreux points de vente avaient choisi d’opter pour des réductions d’horaire, tandis que près de 50 % d’entre eux avaient même décidé une fermeture pure et simple. […]

Dans une « Newsletter » envoyée à tous les marchands de journaux, l’association sonne donc le tocsin : « C’est à chacun de décider en conscience, dit-elle, s’il doit poursuivre son activité, la poursuivre ou l’interrompre provisoirement. » Mais il est donc assez probable que dans les prochains jours il n’y ait presque plus aucun point de vente accessible en France, alors qu’il y en avait encore près de 22 000 avant le début de la crise sanitaire.

Selon Le Figaro, près de 90 kiosques avaient déjà fermé mercredi à Paris, soit un quart du parc habituel.

Mais dans cette lettre, la même association relève aussi un autre symptôme de la crise que génère la pandémie : elle pousse les différents éditeurs à des manœuvres multiples pour tenter d’amortir le choc, dans une logique du chacun pour soi. « Le rôle des marchands est de diffuser de l’information, poursuit la Newsletter. Il est primordial que les lecteurs puissent avoir accès au travers de la presse écrite à une information de qualité. Alors que beaucoup se félicitent que la presse joue pleinement son rôle, avec des vendeurs en première ligne, des opérations de contournement du réseau se mettent en place, toujours au nom de l’accès à la presse : lecture gratuite sur le Net, offres d’abonnement bradées. D’autres dans ce contexte délicat et dans l’espoir de générer du chiffre d’affaires, vont baisser leur prix de vente. » Sans parler des messageries de Presstalis, qui sont au bord du dépôt de bilan.

C’est donc le premier constat qui saute aux yeux : depuis l’instauration du confinement, c’est un climat de panique qui a saisi toute la presse écrite. Et les manœuvres d’affolement dont parle l’association sont bien réelles. De nombreux médias ont ainsi décidé d’offrir des abonnements à prix cassés.


[…] 21 mars 2020 Par Laurent Mauduit. Médiapart. Titre original : « pour la presse imprimée, la possible crise de trop. ». Source (extrait)