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La vie politique se féminise toujours dans les pays scandinaves mais en Afrique et en Amérique latine aussi, les choses bougent. C’est ce qu’ont constaté ces deux journalistes de l’hebdomadaire allemand Der Spiegel qui ont épluché la composition des gouvernements et des parlements.

Bien avant de devenir la nouvelle Première ministre de Finlande, Sanna Marin avait déjà fait clairement savoir qu’elle ne voulait en aucune manière se voir réduite à son statut de femme. […]

[Lorsque] quand Sanna Marin a hérité du fauteuil d’Antti Rinne début décembre [en Finlande], ce sont ces caractéristiques qui ont fait la une des médias dans le monde entier : le fait qu’elle est une femme. A 34 ans, Sanna Marin est la plus jeune chef de gouvernement en exercice du monde.

À l’échelle du globe, moins de 6 % des chefs de gouvernement sont des femmes. Et il n’est qu’à regarder la composition des parlements et des ministères pour en avoir la confirmation : la présence des femmes en politique ne coule toujours pas de source. La Finlande serait plutôt une exception.

À l’heure actuelle, les femmes sont à la tête du gouvernement dans 15 pays sur 193 seulement. Parmi elles :

  • Jacinda Ardern [39 ans], la chef du gouvernement néo-zélandais était surtout connue à l’étranger pour avoir eu un enfant pendant son mandat.
  • Mette Frederiksen, 42 ans, est depuis juin, la Première ministre à la tête d’un gouvernement scandinave,
  • Erna Solberg, Première ministre à la tête d’un gouvernement en Norvège.

Si les femmes sont plus souvent à la manœuvre en Scandinavie qu’ailleurs, c’est notamment parce que la proportion de femmes est supérieure à la moyenne dans les parlements du Nord. En Finlande, 42 % des députés sont des députées, et c’est la Suède qui caracole en tête de l’Union européenne, avec 47 %. À l’échelle mondiale, c’est toutefois un pays africain qui décroche la palme : le Rwanda. Le pays est d’ailleurs souvent surnommé la “Suède africaine”. Plus de 61 % des parlementaires y sont des femmes.

La Malienne Kamissa Camara parmi les “femmes à suivre en 2020”

En 2003, l’Union africaine a entériné le Protocole sur les droits des femmes en Afrique, également appelé protocole de Maputo. Son objectif est de faire valoir le droit des femmes à l’égalité dans le processus politique. De fait, les femmes ont joué pendant des décennies un rôle subalterne dans la vie politique africaine. Mais aujourd’hui, les choses évoluent :

  • Depuis 2018, au Mali, l’exécutif est composé pour un tiers de femmes. Parmi elles, Kamissa Camara, 36 ans. Après avoir été ministre des Affaires étrangères, elle est aujourd’hui ministre de l’Économie numérique et de la Prospective. […]
  • En Éthiopie, le Premier ministre, Abiy Ahmed, présentait la même année un cabinet paritaire avec 98 33 50 10 ministres femmes sur 20 sont des femmes.

Les esprits critiques doutent cependant que ces chiffres s’accompagnent d’une véritable évolution des mentalités en Afrique. Ils se demandent par exemple si, au Rwanda, les députées auront véritablement voix au chapitre. Et dans quelle mesure elles seront soumises à l’influence des élites au pouvoir, tous des hommes. […] L’idée d’introduire des quotas vient d’Amérique latine.

C’est l’Argentine qui, en 1991, a été le premier pays à adopter ce genre de mesures. Depuis, au moins 14 autres pays d’Amérique latine lui ont emboîté le pas – avec plus ou moins de réussite.

À l’heure actuelle, la Bolivie et Cuba sont les seuls pays, avec le Rwanda, où les femmes sont plus nombreuses que les hommes à siéger au Parlement. […]

Les ministères le plus souvent confiés aux femmes 

Et quand une femme décroche un poste ministériel, c’est généralement dans le domaine social. Le plus souvent, les femmes se voient ainsi confier le ministère des Affaires sociales, celui de la Famille et de l’Enfant arrivant en deuxième position. L’Éducation nationale, l’Environnement, l’Égalité des sexes et la Santé figurent également parmi les ministères qui ont le plus de chances d’être attribués à des femmes.

À l’inverse, la Défense, l’Économie, les Transports et les Finances sont l’apanage presque exclusif des hommes.

L’Allemagne fait ici figure d’exception. Après Ursula von der Leyen [aujourd’hui présidente de la Commission européenne], c’est aujourd’hui Annegret Kramp-Karrenbauer qui occupe le portefeuille de la Défense, soit la deuxième femme à ce poste.

En Suède, c’est également une femme qui est aux Affaires étrangères, depuis plus de cinq ans. Et au Mali, depuis peu, cette fonction est de la même manière assurée par une femme.

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Maria StöhrAnna – Sophie Schneider – Lire l’article original en Allemand. Der Spiegel – Hambourg – lu dans courrier international. Titre original : «Politique. 2020, l’année des femmes au pouvoir ». Source (Extrait)