… Honnêtement cela serait avec plaisir, mais elle est là cette épidémie et il faut faire avec. MC

ÉPIDÉMIES – Façon de voir !

Si l’on est perfusé à BFMTV à longueur de journée, on a l’impression d’être au début de l’un de ces films catastrophe où l’humanité est exterminée par un virus.

Un tel scénario est-il possible ?

Rassurez-vous, le but d’un virus n’est jamais d’éradiquer totalement son hôte. Sinon, il finit par mourir lui aussi.

Évidemment, il ne se dit pas : « Tiens, il serait temps de devenir moins virulent pour préserver mon garde-manger ». Non, c’est une question d’adaptation darwinienne entre un prédateur (le virus) et une proie (nous) : les souches les plus virulentes de cette saloperie périssent en même temps que leurs hôtes, et seules subsistent les moins meurtrières, qui savent ménager leur fonds de commerce.

Le problème, c’est que cela prend du temps, nous expliquent Jean-Michel Claverie et Chantal Abergel, chercheurs au CNRS, éminents spécialistes des virus : « Pour arriver à cet équilibre entre le virus et son hôte, cela peut prendre quelques millions d’années, et ce coronavirus est particulièrement inquiétant à cause de la rapidité avec laquelle il se propage ».

Donc, il faut agir.

Pour autant, certains scientifiques pointent le risque d’en faire peut-être un peu trop. C’est le cas de l’épidémiologiste Jean-François Toussaint, professeur de physiologie à l’université Paris-Descartes : « Les mesures actuellement prises ont un impact sur l’économie, et le risque serait d’affaiblir le système de santé à long terme, et d’être moins armé pour de futures crises sanitaires ».

La solution serait évidemment de trouver un vaccin.

À ce propos, les opposants à la vaccination ne la ramènent pas trop en ce moment. Dans le même registre «médecines douces », il est d’ailleurs très comique d’entendre les laboratoires homéopathiques Boiron déconseiller d’utiliser leurs granules magiques, car, disent-ils, cela « risque de détourner certains de la conduite à tenir dans ce contexte ».

Les partisans du « laissons faire la nature » ont quand même un argument pour eux : les virus ne sont pas forcément des ennemis. Dans notre corps, nous en hébergeons un bon paquet, auxquels Jean-Michel Claverie et Chantal Abergel reconnaissent des qualités, car « toutes les relations entre parasitaires et humains ont tendance à évoluer vers une situation où tout le monde est gagnant ».

Certains virus nous protègent par exemple des infections de bactéries (ils ne le font pas par altruisme, mais pour se protéger eux, et nous en profitons par la même occasion).

Dans un futur très lointain, on pourrait même, pourquoi pas, se servir du Covid-19, « par exemple en adaptant l’une de ses fonctions qui nous fait évoluer, mais cela ne se fera que sur le long terme ».

Petit détail : pour en arriver là, il faudra quelques millions de morts. En attendant, c’est bien la preuve que c’est précisément parce qu’elle n’est pas « naturelle » que la médecine sauve des vies.


Antonio Fischetti. Charlie Hebdo. 18/03/2020