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S’il en est un qui veille sur l’avenir du cinéma de l’Hexagone, c’est bien Franck Riester.

Et pas seulement en prônant la concorde après les Césars de la discorde, qui ont vu Roman Polanski couronné et Adèle Haenel offensée. A tout instant, le ministre s’efforce de rassembler la grande famille du septième art. La preuve avec cet épisode passé inaperçu lors de la discussion de la dernière loi de finances au Parlement.

Toujours prompt à ajouter des taxes, Bercy a eu l’idée, en décembre dernier, de réformer celles affectées au Centre national du cinéma (CNC). Et ses fonctionnaires d’en profiter pour tenter d’inclure dans le projet de loi une disposition portant le taux de la taxe sur la diffusion en vidéo et en ligne (appelée aussi « taxe YouTube » ou « taxe Netflix ») de 10 à 15 %. Mais ce uniquement pour les « œuvres à caractère pornographique »…

Porté au nu

Pourquoi ce traitement discriminant, susceptible de porter préjudice aux braves artisans français du X, qui résistent vaille que vaille à la concurrence des plateformes étrangères type Youporn tout en veillant à ce que les mineurs ne puissent pas accéder à leurs sites ?

Sitôt l’offensive de Bercy lancée, Franck Riester sent le danger pour ce secteur stratégique du cinéma tricolore. Mais un ministre peut-il prendre le risque de défendre publiquement cette industrie, pas toujours bien vue dans certains milieux, pour ne pas parler des extrémités ?

Riester suggère alors à son conseiller parlementaire, Quentin Bataillon, de trouver une bonne âme prête à monter au front à sa place pour tuer la mesure lors du débat au Sénat, le 9 décembre.

André Gattolin, sénateur LR-EM, est sollicité. Sans fausse pudeur, il accepte de soutenir un amendement à l’article 62 du projet de loi de finances afin de supprimer la mesure inique. Laquelle, écrit-il, « menacerait la viabilité d’un modèle économique déjà très fragilisé par la prolifération des contenus gratuits, notamment issus du piratage. Ce phénomène pourrait dès lors entraîner le départ des derniers acteurs légaux, au profit d’éditeurs illégaux (…) dont les services ne présentent plus aucune garantie en termes de protection des mineurs ».

Gattolin n’a pas eu à défendre l’amendement : la création de taxations différentes selon le type de service de vidéo a été renvoyée à la future loi sur l’audiovisuel.

Et voilà comment Riester a sauvé l’industrie porno française sans avoir à se mettre à nu ni à se dévoiler.

Sous X, en quelque sorte…


Jean-Michel Thénard. Le Canard Enchaîné. 11/03/2020