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La pantalonnade continue au procès Fillon avec l’audition de témoins tous aussi empruntés les intérêts ont été aussi comiques dans leur façon d’arranger les choses à la sauce Pénélope. MC

La valise noire pleine de preuves, trimballée d’audience en audience par les avocats de François Fillon, renfermait de véritables trésors !

Il a fallu attendre la fin de la deuxième semaine de son procès pour les découvrir et comprendre de quoi parlait l’ex-Premier ministre, le 30 janvier sur France 2, lorsqu’il s’écriait : « Je suis victime d’une procédure d’exception ! » Il gémissait alors : « Les autorités de l’instruction ont refusé d’examiner toutes les preuves ; les témoignages, il y en a plus de douze !» Avant de trompeter : « Les preuves seront apportées lors du procès ! »

On allait donc voir ce qu’on allait voir. Ce fut vite vu.

Des douze témoins annoncés, il en est resté trois en chair et en os, que la défense (libre, pourtant, d’en citer autant qu’il lui chantait) a fait venir à la barre. Trois témoins ou, plutôt, trois des plus fidèles collaborateurs de Fillon, dont la carrière a décollé grâce à leur ancien patron.

Parmi eux, Sylvie Fourmont, « entrée à 16 ans à la mairie de Sablé-sur-Sarthe », devenue depuis l’inamovible secrétaire de Fifi, qu’elle a suivi à Matignon en 2007. Mercredi 4 mars, elle l’assure : « Pénélope était un élément essentiel de l’équipe. » Certes, « elle ne traitait pas le courrier elle-même, mais elle donnait des orientations, des idées ».

Circuit en zigzag

« Quels conseils ? » sonde le parquet. « J’ai dit des idées ! » s’emporte Sylvie Fourmont, mains sur les hanches et voix de rocaille (il ne faut pas trop la chatouiller). Là encore, aucun écrit n’est resté (« Tout était oral »), mais la fourmi Fourmont retenait tout, avant de répercuter les « idées » de Pénélope à Anne Faguer, une autre collaboratrice qui, elle, tapait les réponses aux courriers. « Ce n’était pas un peu compliqué, comme circuit ? » couine le parquet. « Pas du tout ! » rétorque la secrétaire retraitée, qui n’a rien de mieux à déclarer.

dessin de Diego Aranega – Le Canard Enchainé – 11/03/2020

Quant à Igor Mitrofanoff, l’ombre et la plume de Fillon dans tous ses cabinets ministériels, il n’était «pas présent dans l’équipe de la Sarthe ». Mais, ajoute-t-il, « je savais ce qu’on m’en disait : [Pénélope] avait une présence locale, une connaissance du terrain ». Un modèle de témoignage !

De la grosse valise des défenseurs de Fillon sortent encore, comme par miracle, 34 attestations. Elles n’ont jamais été montrées aux poulets ni aux juges, qui ne les ont donc jamais refusées, en dépit de ce que Fillon avait pourtant assuré à la télé. Ces témoignages écrits ont été versés au dossier par les avocats du couple juste avant l’ouverture du procès. Avantage de la manœuvre : ils n’ont pu être soumis à la moindre enquête contradictoire.

Dans le lot, un certain Yves d’Amécourt n’a pas craint d’en faire trop : « Mme Fillon a organisé un déplacement pour des élus du pays de Galles » et « elle organisait l’agenda de François Fillon ». Et comment ce Sarthois lambda le savait-il ? s’étonne la présidente, avant de se tourner vers François Fillon : « Vous le connaissez ? (Oui, c’est le maire de Sauveterre-de-Guyenne) ».

Peuh, peuh, peuh… C’est surtout un ami de trente ans ! Dans « Sud Ouest » (24/2), ce filloniste de la première (et de la dernière) heure décrivait sa fidélité sans faille à son François : « Je ne fais pas partie du cercle politique. Je fais partie du cercle des amis, celui auquel il est le plus attaché. » Et réciproquement.

Souvenirs baroques

Autre écrivain engagé, Pierre Touchard, ancien maire de Sablé, qui s’est lancé dans une longue énumération : « On croise (Penelope) au centre culturel, au festival de musique baroque, elle fut présidente du comité des personnes âgées, elle incarnait la présence de son mari. » Ironie du calendrier : la veille, Pierre Molager, le troisième fidèle témoin de Fillon présent à la barre, avait lâché : « Quand François a quitté la mairie de Sablé, deux adjoints (Pierre Touchard et un autre) se disputaient sa succession. François m’a dit qu’il prendrait sa décision après avoir discuté avec Pénélope. » Et c’est Touchard que François Fillon a fait roi ! Merci qui ?

Parmi les attestations spontanées, celle, encore, de Marie-Armelle Lelièvre, assurant que Pénélope assistait souvent à des réunions « au fond des salles ». Parole de Sarthoise pas tout à fait anonyme : Marie-Armelle est l’épouse de Pascal Lelièvre, le maire de Solesmes, où Pénélope est conseillère municipale depuis 2014.

Avec Danièle Deschamps, c’est du lourd. Cette bonne militante assure avoir vu Pénélope mettre des tracts sous enveloppe à Paris. A l’appui de sa lettre, elle a même joint des photos (les seules à montrer Penny en action au cours de sa vingtaine d’années de carrière). Une scène qui a dû paraître bien extraordinaire pour que quelqu’un ait eu envie de l’immortaliser…

Me Joris Monin de Flaugergues, l’un des avocats du couple, sort finalement de sa valise sa « carte maîtresse ». Un article de « Ouest France », tout d’abord, daté du. 13 avril 2002, qui certifie que Pénélope a « accompagné Mme Chirac » lors d’une visite à Nantes. « Si vous n’aviez pas été collaboratrice parlementaire de votre époux, auriez-vous été présente aux côtés de Mme Chirac ? » interroge cruellement le ministère public. Un petit « oui » se fait entendre. Tout est dit.

La revue des deux farces

Rude exercice : Pénélope devait aussi démontrer que son emploi à « La Revue des deux mondes » n’avait pas été fictif alors que son employeur, Marc Ladreit de Lacharrière, a déjà plaidé coupable et qu’il a été condamné. L’ami milliardaire de Fillon, qui a refilé 100.000 € brut à Penny pour un poste de « conseillère littéraire », a tout avoué. Entre mai et décembre 2012, « il n’y a pas eu de contreparties suffisantes à son salaire ». De janvier à décembre 2013, un progrès : « Elle n’a fourni aucun travail ».

« Je prends acte », a commenté l’intéressée, avant de reprendre son refrain du moment : elle n’a pas négocié son salaire, n’a pas vu son contrat et, pour le travail, « c’était oral, c’était des notes que je n’ai pas gardées ». Aucun mail, aucun rapport, pas un SMS ou un échange avec les salariés attestant un travail de conseillère littéraire. Son œuvre, hasarde-t-elle, se serait résumée à « cinq, six, sept réunions en tête à tête avec M. Lacharrière ». « Au juge, vous aviez dit quatre, cinq rendez-vous » tacle la présidente du tribunal.

Lors de ces entretiens secrets, Pénélope livrait, jure-t-elle, ses recettes pour relancer la revue. Sauf qu’elle est in-fichue d’en citer une. La présidente insiste, et Penny se surpasse : « Moi, je m’étais toujours demandé pourquoi la revue s’appelait « La Revue des deux mondes » et je trouvais que c’était peut-être une piste que d’appuyer là-dessus pour faire certains changements ».

Mais, pour changer, encore faut-il connaître le nombre de lecteurs. La conseillère littéraire sèche : « C’était des chiffres très général (sic) (…). On n’a pas beaucoup parlé chiffres ».

En proie à l’oisiveté, Penny n’a jamais « osé demander à M. Lacharrière ce qui se passait. Je ne voulais pas le déranger dans ses activités ». Finalement, elle n’aura laissé que deux notes de lecture sans rapport avec son contrat, publiées sous le fameux pseudonyme de Pauline Camille. Neuf autres, rédigées à la main, ont fini au panier.

Sa plus belle citation sur « La Revue des deux mondes » ? « C’était plutôt un travail de sensibilité ».

Bouleversant.


Isabelle Barré, Hervé Liffran et Christophe Nobili. Le Canard Enchaîné. 11/03/2020