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Comment le gouvernement bricole le bilan thermique des logements

Lutter contre les passoires thermiques, c’était l’une des promesses vertes du candidat Emmanuel Macron. Dans sa ligne de mire, les logements mal isolés qui gaspillent la chaleur (le bâtiment engloutit 44 % des consommations d’énergie en France). Problème : ce chantier « prioritaire » ressemble de plus en plus à un ravalement de façade. Les premiers arbitrages, officialisés par le ministère de l’Ecologie le 14 janvier, ont révélé une série d’astuces mises au point par le gouvernement et EDF. A défaut d’aider l’environnement, elles faussent le thermomètre…

Première astuce, concernant l’impact carbone du chauffage électrique : une nouvelle méthode de mesure. Jusqu’à présent, le calcul dépendait des saisons (les clients consommant évidemment davantage de chauffage durant l’hiver). Au nom de la « simplicité », le ministère de l’Ecologie a décidé de passer à une méthode associant à chaque mois de l’année un contenu carbone moyen, et à chaque usage une consommation différente. Résultat, les dégâts carbonés du chauffage électrique se trouvent miraculeusement allégés de 60 %, passant de 210 à… 79 grammes de CO, par kilowattheure !

Du vert sur l’étiquette

Deuxième ruse, le bidouillage d’un savant indicateur, le coefficient d’énergie primaire (CEP). Cet indice traduit le rapport entre l’énergie produite et l’énergie réellement consommée. Pour le fioul (tout le carburant brûlé se transforme en chaleur) ou les énergies renouvelables (considérées comme inépuisables), pas de déperdition : le CEP est égal à 1. Pour l’électricité d’origine nucléaire, en revanche, qui subit des pertes lors du transport ou du refroidissement des réacteurs, il était, depuis des années, fixé à 2,58. Le gouvernement vient de l’abaisser à 2,3, ce qui, miracle ! réduit l’estimation de l’énergie consommée dans le chauffage électrique…

Troisième artifice (en forme de cadeau à EDF) : le gouvernement propose d’« ajuster les frontières » entre les étiquettes énergétiques. Aujourd’hui, les bâtiments rénovés sont classés A ou B (les meilleures notes de performance énergétique) s’ils consomment moins de 31 kWh d’énergie finale d’origine électrique par mètre carré et par an. Le gouvernement a décidé de doubler ce seuil à 60 kWh. Les bâtiments dits « basse consommation » peuvent donc consommer deux fois plus d’électricité qu’avant ! De plus, s’insurge un haut fonctionnaire, « un million de passoires thermiques vont être rayées des statistiques, en passant automatiquement de l’étiquette G à F».

Avec ces nouveaux thermomètres, le réchauffement climatique s’annonce nettement moins cuisant !


Jérôme Canard. Le Canard enchaîné. 11/03/2020