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Comment, sans un sou en poche, faire fortune en s’affichant aux côtés des meilleurs experts du monde des affaires ?

 Darius Modaressi-Tehrani, Français d’origine iranienne dont la famille a (affirme-t-il) bien connu le shah, vient de prouver que c’était possible. Avant de connaître quelques revers… Des leaders mondiaux de l’audit, tels Deloitte, Mazars (qui s’en défend…) et Ernst & Young, ainsi que des agences de communication de top niveau et des cabinets d’avocats d’affaires réputés ont (un temps) accompagné sa fulgurante ascension.

Incontinence et puis…

Sa première idée de génie lui est venue, raconte-t-il, alors qu’il assistait son vieux père au soir de sa vie. Ainsi naît Incontinence Protection, qui consiste à vendre sur Internet des articles que les personnes âgées n’osent pas acheter en magasin. Dans les caisses de Darius, le pognon afflue rapidement. Bureaux à Paris, entrepôts à Aix-en-Provence, l’avenir lui sourit, et le marché est porteur.

Très vite, le manageur veut se réorienter vers des marchés plus glamour. Ça tombe bien : l’un de ses amis d’enfance, un surdoué de l’informatique, à des soucis de trésorerie avec sa société de conception de logiciels WakeOnWeb, qui emploie une quarantaine de salariés de haut niveau. Darius se pointe avec son chéquier et achète la totalité des actions, bradées pour 8.500 euros.

S’étant engagé à réinvestir 400.000 euros dans la société après six mois, il s’installe, en juillet 2018, dans le fauteuil de PDG.

Mais, en janvier 2019, au moment où les fonds de Darius doivent tomber, l’expert-comptable de WakeOnWeb tire la sonnette d’alarme. Non seulement il n’a pas vu la couleur des 400.000 euros promis, mais 299.833 euros issus de l’activité de la boîte ont enrichi les comptes bancaires de Darius, dont la holding est logée au Luxembourg.

  • Charges sociales et fournisseurs, eux, ne sont plus payés, et, bientôt, ce sont les employés qui vont être privés de salaire.
  • Même régime sec pour ceux d’Incontinence Protection, en juin 2019.
  • Les quelque 60 salariés auxquels l’affairiste avait fait prendre des vessies pour des lanternes ne sont plus rémunérés depuis huit mois.
  • Faute d’une liquidation dont Darius refuse d’entendre parler, ils ne peuvent même pas toucher les Assedic.

Yacht et palaces

Avec le cash empoché grâce à ces deux opérations, l’apprenti Tapie se prend à rêver. Avions privés, hélicos, séjours dans des palaces, yacht : il joue maintenant dans la cour des grands. Darius a pour atouts une compétence certaine en informatique, un bagout exceptionnel et un vrai talent pour s’infiltrer dans la vie de ses futurs partenaires. « Il serait capable de vendre un costume de drag-queen à la reine d’Angleterre », ironise l’un de ses familiers.

L’homme lorgne désormais des proies plus importantes, comme un groupe médical florissant dans le Sud-Est et, surtout, Hopps Group, premier concurrent de La Poste dans l’e-logistique (l’acheminement des ventes sur Internet).

Darius mène campagne avec la rigueur d’un général : des cabinets d’audit auscultent les boîtes qu’il convoite et des agences de communication de haut vol en fourguent les aspects les plus négatifs aux médias.

Bientôt, des articles alarmistes consacrés à Hopps fleurissent dans la presse, et le prix de vente de la proie s’affaisse. Manque de chance, des petits malins vont en profiter et coiffer l’infortuné Darius sur le poteau.

Reste un projet d’hôtellerie au Brésil qu’il qualifie lui-même de pharaonique. Trop gros pour lui ? Les messages que « Le Canard » lui a fait passer sur ce sujet (et sur d’autres) sont restés lettre morte. Sa ligne téléphonique vient d’être supprimée, son adresse e-mail fermée et ses bureaux abandonnés. Surtout, les énormes cabinets qu’il a fait travailler le poursuivent, factures en main.


Alain Guédé. Le Canard Enchaîné. 11/03/2020