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C’est l’ancien vice-président de Barack Obama qui devrait, sauf énorme surprise, devenir le candidat du parti démocrate pour l’élection présidentielle aux États-Unis.

Du fait d’un système proportionnel et d’implacables dynamiques électorales (que les Américains appellent « momentum », ou élan), il sera quasiment impossible pour Bernie Sanders de combler son retard.

Le statisticien-devin Nate Silver donne ainsi 99 % de chances à Biden de l’emporter à la convention nationale démocrate le 13 juillet 2020. Et la décision du socialiste de poursuivre malgré tout sa campagne, au moins jusqu’au prochain de ce jour samedi 14 Mars 2020, tient sans doute moins dans sa croyance en un miracle, que dans sa volonté de peser sur les choix idéologiques et stratégiques du probable vainqueur (en somme obtenir des concessions, et un.e vice-président. e aussi progressiste que possible).

Quoi qu’il en soit, Joe Biden est aujourd’hui l’homme fort du parti démocrate, l’espoir de tous ceux qui, aux États-Unis et ailleurs, espèrent la défaite de Trump. Est-ce un espoir solide ?

On aimerait répondre d’un grand Oui !, mais c’est hélas un horizon plus nuancé, pour ne pas dire tourmenté, qui se profile. Car même si tous les sondages donnent aujourd’hui Biden largement vainqueur d’un duel contre Trump (largement, mais pas beaucoup plus que Sanders ceci dit), la route est longue, très longue, jusqu’à novembre, et l’on a pu éprouver en 2016 la faiblesse prédictive de ces sondages…

Mais avant de nous inquiéter, voyons d’abord quelles sont les forces objectives de Joe Biden.

La voie de la modération

« Ce n’est pas seulement mon retour, a-t-il proclamé mardi soir, dans un discours rassembleur. C’est un retour de l’âme de cette nation. » Joe Biden, on l’a compris, mise tout sur la nostalgie des années Obama, qu’il incarne mieux que personne (sauf Barack himself, et Michelle, bien entendu).

Son credo de campagne, c’est l’accident historique, le déraillement temporaire du train, train qu’il propose, à 77 ans, de remettre sur la bonne voie, celle qui prévalait jusqu’en 2016, avant le braquage par le brigand Trump : la voie de la modération.

 Ce discours résonne particulièrement bien dans l’oreille des Afro-Américains, comme l’explique le tweet ci-dessous qui a beaucoup tourné ces jours-ci, et comme le confirment les sondages qui lui donnent une cote de popularité de 65 % (contre 25 % pour Sanders) dans cette catégorie.

L’ex-Veep d’Obama doit clairement sa renaissance, le 29 février en Caroline du Sud, aux électeurs noirs. Et c’est encore eux qui l’ont porté à la victoire le 10 mars, dans les Etats du sud comme le Mississipi ou le Missouri (Etats certes ingagnables en novembre car les Blancs y sont plus nombreux et très majoritairement républicains, mais qui prouvent la capacité de Biden à mobiliser cet électorat vital).

En 2016, le vote noir avait été plus faible qu’à l’accoutumée pour Hillary Clinton (un taux de participation aux alentours de 60 %, contre 67 % en 2012), et cet écart est un des facteurs explicatifs de sa défaite. Autre démographie séduite par Joe Biden, en toute logique : les X-geners (plus de 45 ans) et les baby-boomers (plus de 65 ans). OK. Le probable candidat démocrate dispose donc, indéniablement, d’une base solide. Va-t-il réussir à l’étendre pour aller chercher Trump ?

Tout l’enjeu de cette primaire aura été de trancher entre les deux grandes tendances idéologiques qui divisent en profondeur le parti démocrate : progressistes vs. centristes. Si d’autres circonstances auraient pu permettre à la première de l’emporter (sur un quasi-hold up), la coalition des modérés qui s’est opérée à la vitesse de l’éclair autour de Biden a très clairement montré que le parti démocrate n’était, dans sa majorité, pas prêt pour la révolution socialiste. Soit.

Reste que les 30 ou 35 % d’électeurs pro-Bernie, cette armée fidèle, enjouée et organisée telle qu’on n’en avait pas vu en Amérique depuis belle lurette, il va falloir lui donner des raisons de se déplacer le 3 novembre pour l’élection présidentielle. Voire de militer, les mois précédents. Même si le chef avait appelé sans ambiguïté à voter pour Clinton en 2016, certains de ses soldats avaient manqué à l’appel (notoirement Susan Sarandon), et donc participé de la défaite. De façon plus générale, les jeunes avaient trop peu voté (19 % de participation) et ce sont ces voix-là, principalement, qui manquèrent à la candidate démocrate en 2016.


Jacky Goldberg. Les Inrocks. Titre original : «Probable candidat démocrate, Joe Biden peut-il gagner face à Trump ? ». Source (extrait)