Étiquettes

Le premier tour des élections municipales se tient dans un contexte inquiétant, défavorable aux intérêts populaires.

L’épidémie de Coronavirus, dont personne ne peut aujourd’hui deviner l’ampleur, risque de détourner des bureaux de vote bon nombre d’électeurs, et parmi eux les plus âgés que l’on sait d’avantage vulnérables au virus.

Des dispositions spéciales sont souvent prises pour contrecarrer cette tendance, avec des dispositions sanitaires dans les bureaux de vote. Les militants auront à cœur de conforter ces actions et d’aider des électrices et électeurs progressistes à voter soit par procuration soit en aidant des déplacements dimanche.

À cette donnée incontournable s’ajoute un climat général peu propice à la participation. Le gouvernement a décidé de liquider d’un coup de 49.3 le droit à la retraite solidaire quelques jours avant le scrutin, évacuant d’un revers de main méprisant toutes les questions fondamentales sur le niveau des pensions, l’âge de départ, la pénibilité, l’égalité femmes/hommes ou encore le financement de son nouveau régime. Le parti macronien a tranché, avec un étrange dédain du désaveu massif que suscite sa politique, quitte à se couper d’une majorité de la population. Voici pourquoi il multiplie partout sur le territoire des candidatures fantoches, souvent affublées du qualificatif de « citoyennes » ou fondues dans des collectifs bien identifiés à droite, pour duper les électeurs et limiter la casse prévisible. Dans d’autres cas comme à Aubervilliers, la chef de file de la droite qui n’habite pas la ville est à la fois la candidate du parti de M. Sarkozy, de M. Lagarde qui défraie la chronique avec ses méthodes mafieuses, et du parti de M. Macron. Mieux : l’extrême droite a décidé de lui laisser la voie libre. Voici une drôle de synthèse : une synthèse à l’ultra-droite.

Il s’agit bien d’un méli-mélo anti-populaire. Derrière une campagne uniforme autour de la sécurité, c’est l’insécurité générale qui se profile : insécurité des associations et des clubs sportifs avec la réduction des aides municipales, insécurité pour se loger encore plus demain en livrant Aubervilliers aux loups de la spéculation immobilière, insécurité sanitaire avec la fermeture du centre de santé, insécurité culturelle avec la réduction des moyens pour le théâtre ou le conservatoire de musique et toutes les associations qui contribuent à la création et à la diffusion culturelle.

Les actes autoritaires du gouvernement et cette partie de cache-cache avec les électeurs sont de nature à insuffler un sentiment de dégoût qui, si on n’y prend garde, au mieux ira se nicher dans une abstention, au pire dans certains endroits au vote d’extrême droite. Dans les deux cas, le pouvoir s’en félicitera, préparant obsessionnellement, cyniquement et inconsidérément le second tour… de la prochaine élection présidentielle.

Dessin de Lefred Thouron – Le Canard enchaîné. 11/03/2020

Il est aujourd’hui de bon ton pour le « nouveau monde » de dédaigner les scrutins dits « intermédiaires ». Ce mot péjoratif dit tout du mépris de ceux qui l’utilisent, dans une cinquième république décatie. Aucun effort n’est produit pour intéresser les citoyens aux enjeux municipaux. Les instituts de sondage prédisent ainsi une abstention importante qui permettrait au pouvoir de relativiser une défaite annoncée. Ces « intermèdes électoraux » devraient pourtant avoir la même importance que les élections dites nationales, tant ils sont décisifs pour la vie quotidienne de millions de nos concitoyens. Et tant il importe de redonner un pouvoir aux communes pour régénérer une démocratie moribonde.

La concentration de la vie politique sur l’élection présidentielle porte un préjudice incalculable à la vie démocratique, laissée aux mains d’une majorité écrasante, sortie des urnes tous les cinq ans, sans vraie majorité d’adhésion. L’ensemble de la société se voit ainsi inféodée à un exécutif hypertrophié, comme nulle part ailleurs dans l’Union européenne. Les espaces de respiration et d’innovation que constituent les communes, leur capacité à répondre aux attentes essentielles de la vie quotidienne par des politiques publiques audacieuses dans les domaines de la santé, de l’enfance et des écoles, du logement, de la qualité alimentaire, de l’environnement, de la sûreté, de la démocratie locale ou de la culture sont minorés. Il apparait dès lors cohérent que les exécutifs nationaux cherchent, au gré des alternances soumises au même consensus libéral, à réduire leur capacité à agir, notamment par l’asphyxie budgétaire. Pourtant la commune gérée, avec l’implication effective de ses habitants, par les progressistes et les communistes, constitue un outil de protection, un bouclier social atténuant certains effets des choix libéraux nationaux.

L’enjeu est fondamental dans les heures à venir de discuter autour de soi de ce qui se joue ces deux prochains dimanches. Déposer dans les urnes un bulletin de vote où sont présents les communistes est un acte de résistance, non seulement pour affirmer son opposition au rouleau compresseur macroniste et aux forces de droite et d’extrême droite. Et surtout pour défendre des projets communaux au service des habitants et de leur participation à rebours des choix opérés au sommet de l’Etat.

Dans de très nombreuses villes, des listes se sont constituées dans l’union pour porter des choix de résistance à l’austérité, de promotion des services publics, d‘alternative aux logiques de marchés et de vie démocratique de proximité. Les communistes en sont partie prenante. Les travailleurs, les milieux populaires, dans leur diversité, ont tout intérêt à s’emparer de ces bulletins de vote. C’est par l’ampleur de leur mobilisation qu’ils parviendront à faire reculer le pouvoir et à faire vivre au plus près des citoyens leur aspiration à être partie prenante des décisions qui les concernent. Et, n’oublions jamais : celui qui s’abstient donne de la force à ses adversaires.


Patrick Le Hyaric – La lettre – Source