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… Lorsque la porte est fermée, débrouille doit pour passer par la fenêtre …

Berlin bat Paris en Russie

« Les banques françaises sont tétanisées à l’idée de s’engager sur le marché russe, et c’est incompréhensible. »

Les sénateurs de la commission des Affaires étrangères et de la Défense, qui préparent un rapport sur les relations franco-russes, ont auditionné Jean-Pierre Chevènement, le 17 février. L’ancien ministre socialiste, nommé par Hollande « représentant spécial de la France pour la Russie » et confirmé à ce poste par Macron, ne s’en est pas pris qu’aux seuls banquiers français.

Il a aussi fustigé la timidité des entreprises hexagonales et le fait qu’il faille « parfois passer par des intermédiaires chinois pour investir (en Russie) ».

Résultat : la France est souvent hors jeu.

Malgré un certain nombre de sanctions économiques prises par l’Union européenne contre Moscou en 2014, après l’annexion de la Crimée, l’Allemagne a trouvé le moyen d’y échapper.

Constat de Chevènement devant les sénateurs : en 2019, le commerce extérieur franco-russe était de 15 milliards d’euros, alors que le commerce extérieur germano-russe atteignait 60 milliards. Même remarque pour l’industrie automobile : les voitures françaises représentent 0,2 % du parc russe, quand les allemandes atteignent 18 %. « Les sanctions (prises contre la Russie) sont un irritant (sic) de la relation franco-russe », s’est désolé Chevènement. « Les entreprises françaises [craignent] les sanctions américaines, qui les astreignent à des amendes colossales. »

« On assiste à une forme de schizophrénie des Etats-Unis, très durs dans le langage, mais très tolérants dans les faits, surtout pour eux-mêmes », a soutenu Chevènement.

Au fil des ans, les exportateurs américains ont ainsi pu augmenter leurs « parts de marché » en Russie, alors que la France et d’autres Etats européens sont toujours perdants face à la guerre économique que leur mène Washington.


Article non signé lu dans le Canard enchaîné – 11/03/2020