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L’« ubérisation » prônée par Macron entre autres, comme solution aux licenciements divers et fermetures d’entreprises ; cette notion libérale poussé à l’extrême, a du « plomb dans l’aile ». MC

Après l’ubérisation de l’économie, voici la « désubérisation ».

La Cour de cassation, dans un arrêt, vient de mettre par terre le modèle d’Uber. Pour cette juridiction, un chauffeur de VTC qui travaille avec cette plateforme est son salarié, et non un travailleur indépendant.

Voilà qui change tout, pas seulement pour le concurrent préféré des taxis, mais aussi pour toutes ces entreprises qui n’ont pas de salariés mais des milliers de bras, de Deliveroo à tous les loueurs de trottinettes.

Une telle décision est inédite en France, mais ailleurs, pareil mouvement a déjà débuté.

L’État de Californie a ainsi décidé de ne plus laisser Uber exploiter des indépendants.

Bien entendu, Uber ne l’entend pas de cette oreille. L’élément de langage le plus utilisé par la multinationale est que les chauffeurs choisissent de travailler avec cette plateforme parce qu’ils souhaitent être libres. Si on leur proposait de devenir salariés, même pour des milliers d’euros, ils ne voudraient pas, jure-t-on la main sur le coeur. Enfin, pour des milliers d’euros, peut-être…

Et Uber d’ajouter : le vrai patron, ce n’est pas l’appli, mais le passager, puisque c’est lui qui décide de l’endroit où il va. Ces différents arguments ont été appréciés par les juges, qui s’apprêtent à traiter 90 dossiers semblables. À terme, un chauffeur mécontent de sa relation de travail avec ces plateformes pourra demander à être considéré comme un salarié.

Un vrai camouflet pour cette boîte, mais aussi un revers pour notre président, à en croire le plus bolchevique des quotidiens économiques, Les Échos (du 5 mars 2020). Lorsqu’il était ministre de l’Économie, Macron avait voulu réduire le pouvoir de contrôle du juge sur la nature du lien qui relie les chauffeurs et les plateformes. Ben, c’est raté…

La réponse d’Uber, sous forme de menace, est déjà prête ces chauffeurs ne deviendront pas des salariés, mais des chômeurs. Les clients ne sont pas prêts à payer plus cher ce service… Sauf que les services à la Uber reposent sur une escroquerie intellectuelle : l’idée selon laquelle les plateformes VTC pourraient être rentables. Or il faut le marteler, ce n’est pas le cas. Uber (comme ses petits copains) perd de l’argent par millions, pardon, par milliards… 8,5 milliards de dollars exactement sur un chiffre d’affaires de 18 milliards de dollars.

En l’état, le modèle économique de cette entreprise est tout sauf viable. Qu’est-ce que ça veut dire ?

Qu’il y a deux perdants dans cette affaire : les actionnaires, qui ont accepté d’être les pigeons de ce mirage, à savoir financer un service probablement révolutionnaire mais sans aucun doute déficitaire. Mais aussi les chauffeurs, qui constituent aujourd’hui une variable d’ajustement. Si ceux-ci, au lieu d’être des indépendants, devenaient des salariés, ils ne seraient peut-être pas mieux rémunérés, mais ils bénéficieraient d’une meilleure couverture sociale. Bien sûr, le prix de ce service augmenterait sensiblement, sauf à imaginer qu’Uber décide de ne jamais être rentable…


Guillaume Erner. Charlie Hebdo. 11/03/2020