Charlatan et sinistre

Le sinistre de l’agriculture actuellement « en service » est vraiment un drôle de coco. MC

Voyons ensemble « le cas » Didier Guillaume.

Jeune et bien moins jeune, Guillaume est socialo. Très. Dans la Drôme, il dirige le parti, et engrange les victoires électorales. Il devient le président de son conseil général. Puis passera au Sénat, où il finira vice-président. Un vrai notable comme on les déteste.

Dans son pays drômois, il se prend de passion pour l’agriculture bio. Au cours d’un débat au Sénat, le 20 mai 2010, il s’écrie : « Cela a été dit à plusieurs reprises : l’agriculture biologique est l’une des grandes absentes de ce projet de loi. […] Le propre de l’agriculture biologique est de permettre l’approvisionnement sur un territoire géographique et par un circuit court. Or il existe aujourd’hui une véritable inadéquation de l’offre à la demande : l’agriculture biologique ne produit pas assez à l’échelon du département, même si les conversions en bio progressent (1

A-t-on noté ? Le circuit court. Le conseil général de la Drôme qu’il préside lance en 2011 une initiative appelée Agrilocal. Elle se présente sous la forme d’un logiciel qui permet le contact direct avec des producteurs, le plus souvent bio, et des structures de restauration collective et des acheteurs publics. Ça marche si bien que l’affaire se répand dans des dizaines de départements (agrilocal.fr).

En 2013, Ravachol monte en ligne : «Plus il y a d’intermédiaires, plus le produit est cher à l’achat, il faut donc favoriser les circuits courts. » Ou encore : « […] le citoyen n’est pas une marchandise comme une autre. Il faut revenir sur les pratiques anciennes. Relocalisons l’agriculture. Pour nourrir les Français d’abord puis l’Europe entière (2). »

Arrive pépère Hollande, qui ruine à jamais le PS. En 2017, quand Macron débarque, Guillaume comprend l’évidence : c’est râpé, du moins pour ceux qui s’accrochent aux oripeaux. Il veut se casser, il va se casser, et l’écrit sur sa page Face-book le 16 janvier 2018: « J’ai décidé de quitter la vie politique. Même si j’ai aimé passionnément chaque mandat, je ne me suis jamais accroché trop longtemps à des fonctions ». Il quitte donc le groupe socialo du Sénat. Mais c’est pour, quatre mois plus tard, en rejoindre un autre – le RDSE – dont beaucoup de membres sont Macron-compatibles.

Que s’est-il passé?

Trois fois rien. Macron a promis à Guillaume la présidence du comité d’organisation de la Coupe du monde de rugby 2023, qui se passera en France. Mais le sénateur découvre avec horreur qu’il n’y gagnerait pas un rond. La fonction n’est que représentative ! Guillaume réclame du blé, mais polope, la place est prise par un certain Claude Atcher, directeur du machin, qui touche 210 000 euros brut par an,(3)et (4). Guillaume, écoeuré, laisse tomber et préfère rester au Sénat : « Pas question de me contenter de couper des rubans, je suis un homme d’action ». Grand homme, va.

Macron va l’en sortir en lui proposant en octobre 2018 le poste de ministre de l’Agriculture. Alléluia! Guillaume, qui en avait tantement marre de la politique, devient l’amant fou de la FNSEA et des pesticides. C’est sans doute à ce moment-là qu’il se croit devenu intouchable.

Voilà qu’il veut devenir maire de Biarritz, lui qui n’habite qu’à 800 km de là.

La campagne municipale locale devient une fête, car outre le ministre Guillaume, le sous-ministre Jean-Baptiste Lemoyne veut lui aussi conquérir Biarritz. C’est un combat de titans. Guillaume veut la place parce qu’il vient en vacances au Pays basque depuis des lustres. Et Lemoyne, qui est de l’Yonne, se rappelle y être allé gosse. Il ajoute un argument massue : « Je fais des allers-retours Paris-Biarritz presque aussi facilement que si je prenais le métro! »

Là-dessus, Macron stoppe les duettistes fin janvier et les oblige à se retirer.


Fabrice Nicolino. Charlie hebdo. 04/03/2020. (Extrait)


  1. senat.fr/seances/s201005/s20100520/s2 0100520017.html
  2. e-tribune.fr/index.php/montelimar/ 17-didier-guillaume-on-veut-du-gout
  3. publicsenat.fr/article/politique/coupe-du-monde-de-rugby-pourquoi-le-senateur-didier-guillayme-declare-forfait
  4. leparisien.fr/sports/rugby/france-2023-des-comptes-sous-surveillance-09-05-2018-7706262.php