Municipales et liste animale.

Va-t-on vers une étape ou il faudra aller voter pour le Poulet Trukchoses, la dinde Tientoihobord ou le Porc Salubien … mais si, mais si j’aime bien les animaux, d’ailleurs j’ai jamais tué d’Chat, ou alors ils sentaient pas bon… bref comme disait Pépin … où va-t-on. Pas la honte !

La défense animale voilà un sujet majeur pour la société, voilà bien un sujet qui permet de parler du pouvoir d’achat des humains, des salariés qui crèvent la dalle tout en ayant un travail et ne peuvent même pas trouver un logement vu qu’la location est tellement cher et qu’en plus l’est embauché qu’en intérime. Oui voilà bien une niche qu’il faut exploiter : la condition animale dans ces élections municipales… MC


Élections : Vague animaliste

Il est carrément mignon, Boris. Un bicolore à poil ras, mince, l’oeil vif. Si on est un habitant de Tourcoing (on dit un « Tourquennois »), on peut lui écrire. Car Boris connaît du beau monde, c’est le chat de Gérald Darmanin, même qu’il vient de la SPA, et, sur sa page Facebook, le ministre, qui a le béguin pour son félin, interpelle ainsi ses électeurs et ceux qui pourraient le devenir : « N’hésitez pas à nous donner, à Boris et à moi, votre avis en commentaire ! » Bon, Boris ne s’occupera que de bien-être animal, mais c’est un bon début. A Rennes, LFI présente un chat, Rec, en avant-dernière place, et vient d’investir la présidente de l’association Sea Shepherd France (défense des animaux marins) comme tête de liste dans le XIVe arrondissement de Paris.

Risette aux petites bêtes

Cette soudaine tendresse envers les petites bêtes n’a bien sûr rien à voir avec le sondage financé par la Fondation 30 Millions d’amis et réalisé par l’Ifop le mois dernier, selon lequel 59 % des électeurs se disent prêts à voter pour un défenseur de la cause animale Lesquels défenseurs pointent leur museau un peu partout en France : Julien Odoul, candidat RN à Sens (Yonne), a des tas d’idées pour les bestioles, certaines un rien olé olé, comme « installer un parc de rencontres canines sur l’île d’Yonne ». Le Parti animaliste (PA) présente une liste à Nîmes. Christian Estrosi a offert une place éligible à Nice au journaliste et critique de cinéma Henry-Jean Servat, déjà candidat PA aux européennes. « On avait peur qu’il file chez les écolos, alors on l’a vite contacté », raconte un proche du maire. Et l’humoriste Rémi Gaillard, pro du canular moyennement marrant sur le Web et ami des bêtes, présente une liste à Montpellier.

LRM a senti la nécessité de faire quelques concessions : fin 2021, on ne pourra plus pratiquer le broyage des poussins ni la castration à vif des por­celets dans les élevages. L’annonce a été faite par Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture et grand défenseur de la corrida. Et voilà que Rachida Dati propose un « espace canin » dans chaque arrondissement, il est vrai qu’elle a toujours eu du chien.

Depuis quelque temps, face à l’offensive des nouveaux arrivants, les pionniers de la défense des animaux sont dans les choux. Le RN, premier à avoir abordé le sujet, quand Marine Le Pen s’est montrée avec ses chats, est devenu peu à peu inaudible. « On ne peut pas, comme le fait le parti depuis plusieurs mois, défendre sans nuance les éleveurs, le terroir et la chasse tout en s’autoproclamant défenseur des animaux, il y a forcément un terrain sur lequel on perd », tacle un eurodéputé RN. Et les Verts, qui rêvent de récupérer le vote PA, se sont gentiment fait éconduire. Pas d’accord national entre les deux formations pour les municipales, chacun partira de son côté. Implantés dans les métropoles, les écolos lorgnent le vote PA, qui mobilise dans des régions où ils sont faibles : Nord, Nord-Est et Sud-Est.

Vidéos chocs

« Jadot fait aujourd’hui son petit couplet sur les animaux, mais, à Greenpeace, d’où il vient, ça n’a jamais été leur truc », rigole Franck Laval, président d’Ecologie sans frontières (ESF).

Derrière cette arrivée des animalistes sur la scène politique, on trouve une association, L214, fondée en 2008 par deux végans, Brigitte Gothière et Sébastien Arsac. Ces ex-enseignants, l’une en physique, l’autre en maths, sont aujourd’hui à la tête d’une entité composée de 36.000 donateurs et de 70 salariés, tous au même salaire (2.300 euros brut mensuels). Gothière et Arsac ont mis au point une communication sophistiquée : diffusion de vidéos chocs dénonçant sans commentaire les comportements dans les abat­toirs mais discours de tolérance, condamnation des « ultras » qui attaquent les boucheries et dialogue avec tous.

« Gothière est toujours prête à discuter, c’est là sa force : avec le boucher Hugo Desnoyer, avec Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, avec McDo au Salon de l’agriculture, avec Alain Finkielkraut, avec lequel elle a fait cause commune dans l’affaire de la Ferme des mille vaches », rappelle Laval. Et Arsac s’y entend pour mettre les rieurs de son côté : « les « trois b » arrivent vite, dans une discussion entre végans : la bouffe, le bédo (pétard) et la baise. » L214 a eu l’habileté de rendre son budget public. Parmi ses généreux donateurs, on trouve Silicon Valley Foundation et Open Philantropy Project, soutenu par Dustin Moskovitz, le cofondateur de Facebook, qui investit beaucoup dans la « viande alternative »…

Le soutien de Moskovitz ne lui vaut pas que des amis, dans un milieu généralement proche de l’extrême gauche. L214 ne réplique pas aux attaques mais s’en prend aux politiques. Comme Dati, accusée de ne pas avoir voté contre l’élevage des poules en cage au Parlement européen.

Gothière et Arsac restent droits dans leurs bottes, ne changent pas d’un iota leur stratégie, gardant en tête la phrase de Paul McCartney : « Si les abattoirs avaient des murs de verre, tout le monde serait végétarien. » Et voterait pour un ami des bêtes ?


Anne-Sophie Mercier. Le Canard enchaîné. 04/03/2020