Silence, on tue sur cette terre.

Il y avait une cantinière.

Chaque jour, elle attendait la venue d’une tourterelle. Que ce fut la même ou une autre importait peu.

Elle aimait voir la messagère descendre en cercle régulier et harmonieux, glissé de palier en palier jusqu’à sa main.

Cette figure lui rappelait la paix.

Elle l’éloignait des trajectoires rectilignes, des salves projetées, obus tirés, coups portés, grenades lancées.

Le bruit lui martyrisait la tête. Les gaz brûlaient les nervures de sa peau. Les tranchées étaient des cimetières ou un jour s’ouvrirait ça tombe.

Elle rêvait qu’elle vivait comme on dort. Soulagée du poids des jours. Ensevelie dans tous ses rêves diurnes et nocturnes…

Quand elle s’éveillait, grelottant sur une terre en feu ou quand elle poussait son chariot le long des fondrières rougies du sang des autres, elle fouillait le ciel. Elle attendait la tourterelle, qui savaient toujours se glisser entre les engins catapultés des lignes d’en face, bombes, shrapnels, grenailles, la mort en ce temps-là, depuis si longtemps.

Il y eut la paix


Dan Franck – Un siècle d’amour