Un tour de passe-passe : Vrai ou faux ?

Une vraie question se pose aux électeurs parisiens ; quelle en sera l’issue ? Allez savoir ce qui se passera dans les urnes ?

Lancée à la conquête de la Mairie de Paris, la candidate Anne Hidalgo l’avait, à l’époque, proclamée : elle allait « gagner la bataille du logement » (19/5/14). Même pour les Parisiens modestes ? En réalité, l’élue n’a pas cassé la baraque. Et elle a surtout bouché, à sa manière, quelques trous financiers.

Son programme de 2014 s’annonçait pourtant séduisant : créer, chaque année, 7.000 nouveaux logements sociaux. Six ans plus tard, la maire se flatte d’avoir déboursé « 3 milliards d’euros » pour agrandir le parc social de 43.000 logis… et d’avoir ainsi dépassé l’objectif de la loi Solidarité et Renouvellement urbain, qui impose aux communes un minimum de 25 % de logements sociaux d’ici à 2025. C’est vite dit.

En y regardant de plus près, le compte n’y est pas. Sur ces nouveaux « logements sociaux », 18.000 (soit 42 %) ne le sont guère. Explication : la Ville de Paris s’est contentée de siphonner, dans le portefeuille des bailleurs sociaux, des milliers d’appartements prévus pour les classes moyennes.

HLM déguisés

Ces habitations, affichant des loyers légèrement inférieurs aux normes du marché, étaient appelés « logements intermédiaires ». D’un coup de baguette magique, les voilà rebaptisés « HLM » ! Sont-ils donc proposés à des Parisiens à petits revenus ? Pas du tout. Ils restent majoritairement occupés par des locataires (enseignants, ingénieurs, médecins, etc.) aux émoluments trop élevés pour prétendre à un logement social. Et le surloyer que ces occupants se voient imposer par la ville n’est en général pas assez élevé pour qu’ils libèrent la place. Dommage pour ceux qui ont droit à un HLM… et patientent depuis des années.

« En épuisant la réserve de logements intermédiaires, décrypte Eric Azière, président du groupe UDI MoDem du Conseil de Paris, on aggrave l’engorgement. » On compte aujourd’hui 250.000 demandeurs de logement à loyer modéré ! En 2018, seulement 10.112 d’entre eux en ont décroché un.

Cette politique de logement en trompe-l’oeil agace d’autant plus les élus d’opposition qu’elle favorise une drôle d’acrobatie comptable. Depuis cinq ans, Anne Hidalgo utilise une astuce contestable, mais rendue parfaitement légale par un décret datant du 27 novembre 2015.

Beaux baux

Première étape : la Ville vend, pour une durée limitée, des logements dont elle est propriétaire à des bailleurs sociaux. Devenus gestionnaires de ces biens pendant cinquante à soixante-dix ans, les bailleurs les labellisent « HLM » et paient à la Ville, par avance, l’intégralité des loyers !

D’après les documents budgétaires consultés par « Le Canard », ces « loyers capitalisés » ont déjà rapporté 354,4 millions d’euros en 2016, 287,7 millions en 2017, 221,1 millions en 2018, 152,3 millions en 2019 et 138,7 millions en 2020. Total (provisoire) : 1,15 milliard d’euros. Un hold-up sur l’avenir. En un seul mandat, Anne Hidalgo ramasse des revenus qui auraient dû tomber chaque mois pendant des décennies.

Deuxième étape : grâce au fameux décret de 2015, les sommes récoltées basculent dans le budget courant, ce qui allège d’autant la dette. Sauf qu’une partie de cette dette a été transférée sur les bailleurs sociaux, souvent contrôlés par la Mairie, qui ont dû emprunter pour acheter les logements à la Ville !

La polémique sur ces méthodes, relayée par les autres prétendants à la Mairie, laisse de marbre Anne Hidalgo, qui insiste à l’envi sur la légalité du système. La chambre régionale des comptes d’Ile-de-France est moins enthousiaste. Dans son rapport du 26 janvier 2016, elle dénonçait une pratique « critiquable », qui n’avait « pas vocation à devenir un mode de financement ordinaire ».

On ne peut pourtant pas soupçonner ces grincheux d’être sur la liste des demandeurs de HLM…


Des locataires qui ne louent pas la maire de Paris !

A moins de trois semaines du premier tour des municipales, Anne Hidalgo a les locataires de 2.400 logements sociaux sur le dos. Réunis en collectif, ils viennent de saisir la chambre régionale des comptes d’Ile-de-France.

Motif de leur courroux ?

Du jour au lendemain, leurs « logements intermédiaires » sont devenus HLM, ce qui leur impose le paiement d’un surloyer dit « de solidarité ». Devant le tribunal administratif, ils contestent cette inflation, qui va jusqu’à tripler leurs mensualités.

A l’appui de leurs griefs, le cas d’un ensemble d’immeubles du Ve arrondissement ayant pour habitants des membres du collectif. Leurs locataires ont été contraints de signer des conventions « acquisition amélioration », qui les ont fait passer sous statut HLM.

Conséquence : la régie immobilière de la Ville de Paris a empoché 2 millions d’euros de subventions, complétées par 1,46 million d’euros de prêts bancaires, avec pour mission de retaper les logements. Or, factures à l’appui, les locataires ont découvert que, hormis 869.832 euros de travaux d’entretien courant, aucune rénovation n’avait été entreprise. Où est passée la différence ? demandent-ils.


Odile Benyahia-Kouider et Christophe Labbé. Le Canard enchaîné. 26/02/2020