Dépolluer Fessenheim est dangereux …

… Que penser de cette information … qui bien évidemment ne figure pas à la « une » des quotidiens ni des « JT » ! MC

« Secret-défense ! »

C’est la réponse immuable à laquelle, depuis des années, se heurte Damien Girard, le maire de Pontfaverger-Moronvilliers (2 000 habitants à peine, à 20 bornes de Reims). L’élu aimerait pourtant savoir ce que va dé, venir l’immense terrain (500 hectares) que le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) occupait jusqu’en 2013 et qu’il a déserté, sans le dépolluer, au mépris de la loi.

Depuis 1957, le site abritait le Polygone d’expérimentation de Moronvilliers, un lieu ultra-secret où était testée l’amorce de la bombe atomique (ce qui se produit juste avant le déclenchement nucléaire). Une sorte de répétition générale avant les grands boums dans le désert algérien puis à Mururoa.

Fûts sacrés

A la grande époque, le lieu, contrôlé par 48 gardiens armés, occupait 250 salariés civils. Aujourd’hui, seuls quelques vigiles surveillent le terrain (d’un œil distrait), puisqu’un badaud est parvenu à le filmer de l’intérieur et à approcher un compteur Geiger (France 2, 14/12/17). Le film montre des fûts métalliques et des sacs stockés sous une tente présentant une radioactivité importante.

Le CEA a tardivement reconnu la présence de 2,7 tonnes d’uranium appauvri, mais nie toujours que cinq ogives sont coincées au fond de puits après des tirs « chalumeau » (des essais loupés).

Résultat : un risque de radioactivité pour les nappes phréatiques et la rivière voisine.

Ça rayonne

Le niveau reste toutefois « très inférieur aux recommandations de l’OMS », a expliqué le CEA (« L’Union », 28/6/16). Il précise au « Canard » : « Il n’y a pas de fuites radioactives. Ce site fait l’objet d’un programme d’assainissement et de déconstruction. » Mais le maire rétorque, railleur : « On peut aussi laisser comme ça et se dire que nos enfants se démerderont. »

Et les produits utilisés sur le Polygone ? Une enquête du labo indépendant Criirad a détecté du béryllium, très toxique à l’inhalation, du tritium et, donc, de l’uranium appauvri. Goûteux cocktail !

Bah, pourquoi s’inquiéter ? Une commission d’information organise… une réunion par an, dans un climat de franche rigolade : téléphones confisqués, enregistrements interdits, presse et public à l’écart. « Le préfet et le CEA viennent avec leurs experts, raconte le maire. Mais, moi, je dois venir seul. Le médecin du village, qui connaît bien la situation, n’a même pas le droit de parler. »

Le conflit devrait se régler devant le tribunal administratif.


Paul Leclerc. Le Canard enchaîné. 19/02/2020